L'Anneau
Petit carnet de voyage
 
 
 
 
 
 

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(Aucune des photos et aucun des dessins présents sur ce blog n'est de moi)

 
Mercredi 30 mars 2005

La troupe avançait en file indienne. La faible lumière ne leur suffisait pas à voir où ils posaient les mains. En tête, Keren et Gilean se relayaient la torche et le petit générateur qui devenait vite lourd. Le couloir descendait toujours régulièrement. Le murmure des tissus et le clapotis des doigts dans les flaques d’eau troublaient un silence pesant. Pas le moindre courant d’air qui rafraîchit et emporte les idées noires ; ça n’en finissait plus !

- Une question en passant, bougonna Loreleï. De quelle autonomie dispose ton générateur ?

- Il devrait pouvoir alimenter la torche pendant quarante-huit heures, la rassura Trevor.

- Ca fait peut-être déjà deux jours qu’on est là-dedans ! dit-elle, morose.

- Tout au plus deux heures, précisa Narcam.

- Merci de tant d’exactitude !

Un cri à l’avant les interrompit. C’était la voix de Gilean.

- Une sortie ! héla-t-il. Nous sommes arrivés au bout !

- Il fait chaud vous ne trouvez pas ? dit Taufang.

Le corridor débouchait nulle part. Ou plutôt il débouchait dans une immense grotte. Le plafond devait se trouver à une petite dizaine de mètres au-dessus de leur tête. En revanche, beaucoup plus bas, une épaisse brume dissimulait le sol. Trevor tourna avec minutie le potentiomètre du générateur jusqu’à éclairer les parois latérales. D’autres évacuations similaires débouchaient à intervalles réguliers. Cette grotte se trouvait sous la ville, en son centre.

- Je dirais qu’elle fait environ trois cents mètres de diamètre, jugea Loreleï.

- Il doit y avoir un lac tout au fond, dit Trevor.

- Petite question technique, murmura Keren. Comment descendre sans se tuer ?

- Comme ça !

Gilean fit mine de le pousser dans le vide. Le sang de son copain ne fit qu’un tour dans ses veines.

- Ca y est ! Je sais pourquoi vous vous entendez si bien, dit Loreleï. Vous avez le même sens de l’humour : débile !

- On pourrait balancer quelque chose de lourd pour vérifier la profondeur, proposa Taufang. J’aurais dû penser à prendre une corde.

- Et vous l’auriez accrochée où ? siffla Trevor, acerbe.

- Une corde de cinq cents mètres, pour être sûr…, dit Eolh sur le ton de la plaisanterie.

Chacun se tût, à sa propre réflexion. Le chaton s’était roulé en boule, en retrait, peut-être à la recherche de l’illumination. Keren vérifia qu’aucune prise n’avait été aménagée pour descendre. La réponse était non. Un soupir d’impatience s’échappa de Narcam.

- Vous me raconterez la fin de l’histoire, dit-il.

Il saisit le chaton dans ses bras, prit son élan et se lança dans l’obscurité béante. Un miaulement de désespoir résonna un long moment.

- Mais il est complètement fou, s’écria Loreleï. Blacky…

- Silence ! ordonnèrent en même temps Eolh et Trevor.

Un léger « plouf » remonta jusqu’à eux.

- Trois cent soixante mètres à vue de nez, annonça Eolh. Une sacrée belle chute ! A mon tour !

L’adolescent aux cheveux couleur blé se jeta, en plein fou-rire. Il exécuta quelques cabrioles avant de disparaître.

- On se retrouve en-bas ! dit Trevor. Ne faites pas de bêtise ! Et surtout attention de ne pas mouiller le générateur !

D’une impulsion sèche il sauta à son tour dans la fosse. Les yeux ouverts sur des ténèbres parfaites, Trevor écarta les bras et joua un court instant avec ces frottements qui bourdonnaient dans sa tête. Plus qu’une seconde et… Le choc fut terrible. Malgré une entrée dans l’eau irréprochable, la douleur assiégea la moindre parcelle de son être. Trevor souffla entre ses dents pour chasser ces sensations et remonta aussi vite que possible à la surface. Il n’avait jamais eu d’affinité particulière pour l’aquatique.

- On est là ! dit Eolh, pas très loin.

- Commencez à vous diriger vers le rivage, répondit Trevor. J’ai les membres encore engourdis.

- S’il y a un rivage, dit Narcam.

- Croise les doigts pour que ce soit le cas ! Dans le cas contraire, non seulement on va mourir noyés mais il sera impossible de faire sécher nos affaires.

- Et moi je ne me débarrasserai jamais de ce chat trempé qui s’agrippe nerveusement à mon chapeau, dit Narcam avec une pointe d’ironie.

Eolh éclata d’un rire clair.

- Ca alors ! L’eau gelée vous a rendu votre bonne humeur, dites-moi !

par François Aubouy publié dans : Roman
Mercredi 30 mars 2005

Je rajoute le module "Newsletter" en bas de la colonne de droite, pour ceux qui voudraient être informés des news de mon blog. Les inscrits recevront ainsi par email les prochains articles qui paraîtront dans la catégorie "News".

 

Si jamais un nouveau texte fait son apparition dans l'Anneau - un nouveau poème, une nouvelle ou tout simplement des lignes que j'ai envie de partager - vous en serez également avertis.

 

Enfin, à moins que la parution des pages de mon roman ou celles de mon journal ne ralentisse, je ne tiendrai pas les inscrits informés de leur apparition, puisque le rythme - un ou deux jours - est assez rapide.

 

Pour information j'ai également rajouté le module "Commentaires", accessible encore une fois depuis la colonne de droite, qui permettra à vous et à moi d'accéder rapidement aux derniers commentaires, et peut-être d'inciter les visiteurs à s'exprimer.

par François Aubouy publié dans : News
Lundi 28 mars 2005

Black Cat fit la moue. Sous forme animale il ne s’était pas aperçu que le couloir était si étroit et bas de plafond. En outre la grille rouillée paraissait encore solidement ancrée dans ses gonds.

- Il se poursuit en ligne droite à perte de vue, dit Trevor.

Le faisceau lumineux se noyait très vite dans les ténèbres. Entrer là-dedans c’était se jeter dans l’inconnu.

- Si pour une raison quelconque l’eau venait à monter dans les égouts, elle pourrait s’évacuer par là, dit Taufang

- Ca n’a pas été fait pour que des Humains y passent en tout cas, ajouta Loreleï.

- Je suis d’accord avec Taufang, dit Narcam. La structure et l’orientation de ce corridor en font une bouche d’évacuation convenable. Vous vouliez parvenir à un niveau inférieur, voilà une solution !

- Vous voulez vraiment entrer là-dedans… ? gémit Loreleï.

- J’en connais une qui risque de voir virer le vert de ses cheveux, rit Keren.

La jeune femme lui jeta un regard noir terrible. Elle croisa mentalement les doigts pour que la serrure tint le coup. 

- Puisque tout le monde paraît d’accord, il n’y a plus qu’à pulvériser cette grille, dit Keren.

Il déballa son énorme marteau, en tapota quelques fois la partie métallique, et exhiba son sourire préféré.

- Je vous demanderais juste un peu de place mesdames et messieurs. Vous risqueriez de prendre un regrettable mauvais coup.

Trevor haussa les épaules de dépit. S’ils devaient se faire remarquer par quelqu’un, c’était fait depuis longtemps. Il recula de deux pas. Le coup de Keren fut exécuté à la perfection. La grille vola sur plusieurs mètres dans le couloir ; un vacarme assourdissant.

- Vous m’excuserez ! dit Black Cat. Ce n’est pas que j’ai peur de me salir les genoux, mais…

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire ses vêtements s’effondrèrent sur eux-mêmes. Une petite tête de chat noir montra le bout de son nez sous l’amas de tissu. L’animal s’extirpa en entier et ronronna de plaisir.

- Un jour je vais abandonner tes affaires, grogna Loreleï dégoûtée. 

Blacky s’engouffra dans le passage, suivi des deux enfants qui n’avaient qu’à s’accroupir un peu pour avancer. A quatre pattes, les autres montrèrent moins d’enthousiasme à se lancer.

- C’est vraiment plus de mon âge tout ça ! soupira Taufang. Et ma belle robe…

- Je fermerai la marche, coupa Narcam. Allez ! C’est sombre et humide, sûrement plein de rats, mais c’est là que nous allons !

- Heureusement que tu es là pour nous encourager, dit Eolh le visage réjoui.

- Il sait trouver les mots justes, ajouta sombrement Loreleï.

- Je préfère la compagnie des rats à d’autres, dit Trevor. Ne perdons pas plus de temps !
par François Aubouy publié dans : Roman
Dimanche 27 mars 2005

Aux intersections, Taufang choisissait systématiquement le chemin qui descendait. Cette stratégie lui convint un temps. Il finit néanmoins par s’arrêter, perplexe, après plusieurs heures de marche.

- Si on continue comme ça, on va finir à la mer, dit-il pour lui-même.

- Vous pourriez peut-être partager avec nous vos impressions, maugréa Trevor. Qu’on serve à quelque chose !

- Ce que j’entends provient de beaucoup plus bas, dit Taufang. Ce n’est pas en suivant les canaux que nous le trouverons, je crains. Il doit y avoir un moyen de passer sous les égouts.

Loreleï rejoignit les deux hommes.

- La ville est immense. On pourrait chercher ce passage toute notre vie sans le trouver. Devant combien de portes fermées sommes-nous passés sans nous arrêter ? Il peut y avoir une échelle ou un escalier n’importe où !

- Nous n’allons pas jeter l’éponge après si peu de temps, sourit Taufang. Arrêtons-nous là pour manger un morceau. Si nous réfléchissons tous ensemble nous devrions résoudre ce problème.

L’idée de faire une pause ne dérangea personne. Bien entendu, le chat noir choisit de refaire apparition à ce moment-là. Il se jeta sur la nourriture que chacun lui proposait, puis s’effondra de fatigue entre les jambes de Loreleï, assise en tailleur.

- Errer dans ces égouts me déplaît au plus au point, finit par lancer Trevor. Quelque chose me dit qu’ils doivent regorger de créatures malfaisantes une fois la nuit tombée.

- Personne n’a d’explosif ? proposa Eolh naïvement. Si vous voulez descendre, ce peut être une solution.

Keren et Gilean pouffèrent de rire en imaginant la scène. Loreleï leva les yeux au ciel. Il n’y en avait pas un pour rattraper l’autre. Le chat bailla et s’éloigna légèrement. A quelques pas, il s’étira. Avec un long miaulement aigu, il se cambra autant qu’il put. Un craquement sinistre fit frémir tout le monde. Soudain le chat s’allongea, grossit, et perdit ses poils jusqu’à redevenir Black Cat ; stupéfaction sur tous les visages. Loreleï plongea la main dans son sac et jeta des vêtements noirs sur son ami.

- Habille-toi, sinon tu vas prendre froid.

Black Cat fit craquer plusieurs fois sa nuque. Il enfila rapidement sa tenue avec un grand sourire. Sans un mot il s’assit à côté de Lore’, comme si de rien n’était. Il attrapa un morceau de pain, planta ses dents dedans, et poussa un soupir de contentement.

- C’est une chose que ne connaîtront jamais les félins, dit-il. Les pauvres…

Gilean posa la question que tous avaient sur les lèvres.

- Comment tu fais pour te transformer ?

- J’en ai toujours été capable. Jamais eu besoin de me poser la question, dit Blacky en mâchouillant.

Ses yeux s’éclairèrent soudain, comme s’il avait eu une brillante idée.

- Ha, au fait… J’ai trouvé un passage qui pourrait bien vous intéresser. Je suis tombé dessus par hasard.

- Il ressemble à quoi ton passage ? demanda Trevor, sceptique.

Black Cat enfourna une nouvelle tranche de pain. Sa tête tourna soudain dans tous les sens. Il postillonna partout.

- Heulo ioupé ! dit-il la bouche pleine.

Silence ; personne n’avait compris. Loreleï expira un grand coup, désespérée. Elle tendit négligemment une gourde d’eau à son compagnon. Une gorgée plus tard, un grand « ha » satisfait résonnait dans le couloir.

- C’était quoi la question ? dit Black Cat.

- Trevor voulait savoir à quoi ressemblait le passage que tu avais vu, répéta Taufang avec calme.

- Une grille en fer forgé, fermée par une lourde serrure. Derrière, un couloir disparaît dans une obscurité que mes yeux de chat n’ont pas percée bien loin. Quelqu’un a-t-il pensé à prendre une lampe ?

- J’ai rechargé notre petit générateur dans l’immeuble cette nuit, dit Trevor. Nous n’aurons qu’à le relier à une torche.

- Vous êtes plein de ressources, complimenta Taufang.

- Le mieux est d’aller voir à quoi ressemble ce passage, dit Loreleï. Nous prendrons la décision de l’explorer ou pas.
par François Aubouy publié dans : Roman
Vendredi 25 mars 2005

IV

 

 

Un parfum détestable accueillit leur entrée dans les égouts. Aucune eau ne coulait dans les canaux, vides comme les rues. La ville ne vivait plus depuis bien longtemps. L’éclairage électrique allait tout de même leur faciliter la tâche.

Le chaton prit très vite son indépendance. Taufang marchait en tête. Il n’aurait pas souvent une chance de se mettre en avant ; il fallait la saisir. Guidé par des sensations discontinues, il faisait de son mieux pour paraître sûr de lui. Tous les couloirs se ressemblaient. Le vieil homme était déjà perdu, mais il se concentrait sur l’objectif. Souvent le nez en l’air, Trevor ne s’occupait pas non plus de son environnement direct. En queue, comme à son habitude, Narcam paraissait plus sombre et distant que jamais ; même Eolh évita de venir le taquiner. La seule activité était due aux enfants qui ne lâchaient pas Loreleï d’une semelle.

- Jamais vous ne cessez de brailler, soupira-t-elle.

- Quand nous dormons, rit Keren.

- Et encore ! ajouta Gilean.

- On a bel et bien l’intention de devenir de grands combattants.

- Et pour cela il faut une grande confiance en soi.

- Si vous le dites, dit Lore’, concentrée à chercher le matou qui leur avait une nouvelle fois faussé compagnie.

- Et toi, c’est quoi tes projets d’avenir ?

Les adolescents se lancèrent un regard malicieux.

- Je me vois bien devenir bourreau ou boucher, rétorqua Loreleï, macabre.

- Ca c’est une chouette idée, dit Keren qui ne se laissa pas démonter.

- D’ailleurs, à bien y réfléchir, on est nous aussi un peu des bourreaux et des bouchers, dit Gilean. On pourra toujours te donner des conseils si tu es en mal d’inspiration.

Lore’ brandit un long couteau de sa ceinture.

- Par quoi commencer ; les yeux ou la langue ? Ton copain ou toi ? Un conseil de dernier minute ?

Gilean et Keren se mirent en garde et bondirent en arrière.

- A un contre deux tu n’as aucune chance, dit calmement Keren.

Une peur indéfinissable envahit tout à coup les deux enfants. Eolh s’approchait d’eux, les yeux brillants.

- Je peux me battre moi-aussi ? chuchota-t-il. S’il vous plaît, pas longtemps !

Paralysé, Keren dut bander sa volonté à son paroxysme pour esquisser un non de la tête. Trevor surgit entre eux.

- Stop ! cria-t-il.

Surpris, Taufang s’approcha pour essayer de comprendre la situation. Narcam s’interposa aussitôt.

- N’avancez pas plus loin ! lui ordonna-t-il. Ce peut être dangereux.

Eolh avait baissé la tête. Il frissonnait. Les sens en ébullition, Trevor était prêt à réagir au moindre signe de menace. Loreleï s’empêchait tout mouvement. Une partie du problème lui était devenu clair : ce jeune homme présentait une instabilité dont il valait mieux tenir compte à l’avenir.

- C’est bon, dit finalement Eolh. Je suis désolé.

Il ne le pensait pas mais il avait retrouvé son calme ; c’était l’essentiel. Trevor resta quelques secondes immobile et s’assura que tout était rentré dans l’ordre. D’un regard lourd il invita Taufang à relancer la marche. Nul besoin de sermonner Gilean et Keren, ils avaient déjà eu leur leçon. Leur maître se jura d’être plus alerte à l’avenir.
par François Aubouy publié dans : Roman
 

Texte libre

 

 

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