L'Anneau
Petit carnet de voyage
 
 
 
 
 
 

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(Aucune des photos et aucun des dessins présents sur ce blog n'est de moi)

 
Jeudi 24 mars 2005

J'ai supprimé les deux catégories "jeu de rôles" qui ne servaient pas à grand chose, et qui à mon avis n'attiraient pas grand monde. Les backgrounds qui s'y trouvaient ont donc déménagé vers la catégorie "Nouvelle" où ils attendent de la visite bien au chaud.

 

Pour lire ou relire ces textes, le plus simple est de vous rendre à la liste que j'avais établie il y a quelques temps : tout est résumé ICI !

 

Bonne lecture à tous, et n'oubliez pas de suivre mon roman. Chaque jour une nouvelle page !

par François Aubouy publié dans : News
Jeudi 24 mars 2005

Taufang ne savait comment sélectionner les quelques objets qui allaient remplir son sac. Abandonner tant de souvenirs derrière lui l’attristait. Assis sur son lit la tête entre les mains, il tentait de faire face à ses nouvelles responsabilités. Où était passée cette euphorie ressentie une heure auparavant ? Reprendre la route à son âge, quelle folie…

Dans la pièce principale, Keren et Gilean avaient emballé méticuleusement leur gigantesque arme dans une nappe. Leur excitation tranchait avec l’air maussade de Loreleï ; sous ses yeux, le soleil disparaissait derrière un épais brouillard. Elle y était habituée, mais le moral en prenait toujours un coup. Avachi dans un coin, Narcam avait récupéré le chaton sur ses genoux. L’animal, toutes griffes dehors, se défendait hargneusement contre cette main qui venait et revenait à l’assaut.

- C’est rare de le voir s’amuser comme ça, dit Eolh, un peu surpris.

Trevor haussa les épaules, la tête ailleurs.

- Il doit avoir des atomes crochus avec ce chat, voilà tout. Moi je me demande surtout où le vieux va nous conduire.

- Quelque part sous la ville si j’ai bien compris. Il est le seul à entendre des voix. On est bien obligés de lui faire confiance.

- Je vais voir où il en est, décida Trevor. Il faudrait partir tout de suite.

- Je suis d’accord, acquiesça le jeune homme aux cheveux blonds. Pour passer inaperçu, rien ne vaut un déplacement en journée.

 

L’obscurité avait envahi la ville depuis de nombreuses heures quand Taufang se décida à sortir de sa chambre. Vêtu de beaux habits brodés, il resplendissait d’une dignité que personne ne lui connaissait. Le vieil homme avait légèrement taillé sa barbe et refait la longue natte qui lui descendait jusqu’aux genoux.

- Je suis désolé de vous avoir fait attendre, dit-il. Faire mon sac a été plus difficile que prévu. Nous y allons ?

- Avant de sortir de l’immeuble, pouvons-nous connaître notre destination ? demanda Trevor.

Il ne comptait pas se faire mener par le bout du nez sans poser de question. Taufang ne méritait pas encore la position de leader. Avait-il une expérience « terrain » ? Saurait-il se faire écouter au cœur de l’action ? Trevor était bien placé pour savoir qu’Eolh et Narcam pouvaient se montrer totalement imprévisibles.

- Bien entendu ! dit Taufang dans un large sourire. Pour commencer, nous n’allons pas sortir de l’immeuble. Pas comme tu l’entends. Je n’ai pas choisi de m’installer ici sans raison.

« Nous allons descendre aux garages. De là il est possible de rejoindre les égouts sans s’exposer au grand jour. Je ne suis pas capable d’évaluer précisément la distance qui nous sépare de notre but. Je ne sais pas non plus ce qui nous attend, ni sur le trajet ni à l’arrivée. Mais l’aventure ne vous fait pas peur, n’est-ce pas ? »

Trevor fut forcé de reconnaître qu’il ne semblait pas faire les choses trop au hasard. Il repoussa une rancœur sans fondement.

- Nous sommes tous prêts. Pardonnez-moi d’avoir douté de vous, dit-il avec sincérité.

- Ne t’excuse pas, rétorqua Taufang. Ce manque de confiance est naturel.

Il marqua une légère pause et toisa ses compagnons.

- Mes amis, une longue route nous attend. Il est temps !

Sans éclat de voix, et encore séparée en trois clans, la petite équipe rejoignit lentement les sous-sols.
par François Aubouy publié dans : Roman
Mercredi 23 mars 2005

Gilean caressait distraitement le chat sur ses genoux. Allongé sur le lit, Keren avait croisé les bras sous sa tête.

- Tu crois que c’est elle qui nous a ramenés ? dit-il finalement.

Gilean n’entendit pas la question. Impossible de faire le tri de toutes ces sensations qui se mélangeaient. La souffrance revenait toujours telle un flot emportant tout. Les sons et les images s’y perdaient.

La porte s’ouvrit sur un Taufang hirsute. Les jeunes élèves comprirent qu’ils allaient passer un mauvais quart d’heure. Les sourcils froncés, le vieil homme s’avança à grands pas et se planta devant eux. Le chaton, réveillé en sursaut, fila se cacher sous le lit. Taufang les attrapa tous les deux par l’oreille. Sa voix gronda et tonna.

- Je vous tiens petits vauriens. Je vous envoie faire des courses et vous revenez tout esquintés. Depuis quand êtes-vous autorisés à pratiquer l’art que j’enseigne à l’extérieur de ce bâtiment ? Vous buvez ! Ha ! Vous combattez ! Ha ! Et pas le moindre sou qui me revient. C’est vous qui payez vos habits peut-être ? Et où sont les provisions ? Vous mangez les murs, vous ? Moi non ! Qui sait où je vous aurais retrouvés si ces braves jeunes gens ne vous avez pas ramenés hier soir ? Je vous déconseille fortement de me faire un coup pareil une seconde fois.

Il continua de grommeler pour lui-même une minute encore. Assis côte à côte sur le lit, Keren et Gilean ne comprenaient plus rien. Ils avaient bu et combattu ? Cela expliquait l’état de leurs vêtements. L’alcool pouvait les avoir faits délirer, mais ce rêve qu’ils avaient partagé…

Loreleï fit son entrée dans la pièce. Le chaton se précipita dans ses bras. Elle le recueillit et gratouilla derrière ses oreilles.

- Merci pour cette nuit réparatrice, dit-elle à Taufang. Je suis d’excellente humeur ce matin.

 Elle se dirigea vers la fenêtre et l’ouvrit en grand. Un air vivifiant s’engouffra.

- Venez voir au lieu de vous disputer, dit-elle avec douceur. On le voit si rarement.

Ils la rejoignirent sans un mot. Keren et Gilean s’assirent sur le bord de la fenêtre, les jambes ballantes. Le chat n’était pas loin. Ils respiraient tous à plein poumons ; il fallait profiter de ce léger bain de soleil.

 

- Ils se décident enfin à monter, annonça Taufang avec un grand sourire.

- Qui donc ? s’inquiéta Loreleï.

- Je sais seulement que nous n’avons rien à craindre d’eux.

Un malaise les envahit soudain.

- Il va se passer quelque chose, murmura Taufang. Et je ne sais pas quoi…

Son corps se mit à trembler, comme parcouru par un intense courant.

- Je devrais vous faire confiance, s’écria Loreleï. Mais je n’y arrive pas !

La baguette magique jaillit dans sa main droite. La tension se propageait.

- Où sont nos armes ? cria Keren.

Taufang tenta de calmer ses jeunes élèves ; en vain. Les sons refusèrent de s’échapper de sa gorge nouée. Un voile obscurcit son regard. Cligner des yeux n’arrangea rien. Le voile s’étendit, et l’isola du monde lentement.

Le temps et l’espace s’identifièrent. Des architectures multicolores démesurées écrasaient l’esprit désormais libre. L’assimilation était inévitable. Une formidable explosion de particules bouleversa le courant d’informations. Un objet, cristal noir et blanc, l’avait percuté.

- Maître Taufang ? dit la voix paniquée de Gilean. Vous allez bien ?

Il sentit une main chaude sur la sienne. Le vieil homme parvint à sourire, heureux d’avoir échappé à la folie.

- Je vais mieux, murmura-t-il. J’ai perdu connaissance. Je suis désolé.

La lumière l’aveugla. Gilean et Keren l’aidèrent doucement à s’asseoir sur le lit. Taufang découvrit petit à petit les visages d’Eolh, Trevor et Narcam.

- Nous étions tous inquiets pour vous, dit Loreleï encore sous le choc. Vous êtes restés inanimés plus d’une heure. Nous n’arrivions pas à vous réveiller !

Trevor posa une main sur l’épaule de la jeune femme pour la rassurer. La voix grave de Taufang, submergé par l’émotion, les ébranla tous.

- Nous sommes liés ! La terre vibre sous mes pieds comme si elle saluait notre union. Le percevez-vous ?

Le groupe fit non de la tête. Le chaton sauta sur le lit et s’installa sur les genoux de Taufang. Il ronronnait.

- En nous-mêmes nous ressentons ce lien, c’est tout ! dit Trevor.

- Je vous adore déjà tous, ajouta joyeusement Eolh.

- On se connaît d’où ? Recule ! dit-elle, faussement agressive.

Loreleï combattait ces sentiments qui l’envahissaient ; trop tôt  pour accorder sa confiance. Le jeune homme répondit par un sourire jusqu’aux oreilles. Sans bruit, Narcam finit par s’asseoir dans un coin. La situation s’éternisait…

Taufang se concentrait sur cette nouvelle sensation. La terre lui parlait-elle réellement ou était-il encore secoué ?

- Je ne comprends rien, dit-il pour lui-même. Que nous arrive-t-il ?

- Pourquoi ne pas tout simplement accepter, sans se poser de question, proposa Narcam.

Taufang n’entendit pas la réponse. Un vrombissement se distinguait maintenant du brouhaha. Sous la ville, quelque chose l’appelait. Il n’y avait aucun doute.

- Nous avons déclenché quelque chose qui nous dépasse totalement, dit-il. Ou peut-être joue-t-on avec nous ? Quoiqu’il en soit il est trop tard pour faire marche arrière. M’accompagnerez-vous où que me mènent mes pas ?

La réponse fut unanime. Il n’y avait pas de raison de laisser filer cette énergie qui les avait réunis.
par François Aubouy publié dans : Roman
Lundi 21 mars 2005

- Les pommes ! cria soudain Gilean.

Il ouvrit les yeux et reconnut le plafond de sa chambre. Il s’assit.

- Quel drôle de cauchemar ! A quel moment me suis-je endormi ?

Keren bougea dans son sommeil ; ses habits étaient en lambeaux. Gilean baissa le regard sur les siens, pas dans un bien meilleur état.

- L’explosion, dans mon rêve… Que s’est-il passé ensuite ?

Il passa ses mains sur son corps ; rien de cassé, aucune douleur. Keren avait l’air en forme aussi.

- Hé ! Réveille-toi ! Keren ! le secoua-t-il.

- Hmm… quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? dit-il d’une voix endormie.

- On est vivants ! répondit Gilean comme si c’était évident.

Keren se redressa. Les souvenirs surgissaient à mesure qu’il se réveillait. Il serra les dents.

- Mon dos… ! murmura-t-il, les larmes aux yeux.

La douleur avait été profonde.

- Je suis vivant ! Je n’ai plus du tout mal, dit-il maintenant sous le coup de l’étonnement. Que s’est-il passé ?

- J’aurais parié pour un rêve jusqu’à ce que je vois nos vêtements. On nous a ramenés et soignés. Je ne vois que ça.

- Peut-être Maître Taufang, proposa Keren. Mais comment ? J’ai cru mourir…

Les deux enfants se turent quelques instants, tout à leur réflexion. Gilean tendit l’oreille.

- Ecoute ! Tu n’entends rien ?

Un léger ronflement régulier s’échappait de la pièce d’à côté. Elle était éclairée.

- Quelqu’un dort dans l’autre chambre, et ce n’est pas Maître Taufang, en conclut Keren.

Ils se levèrent tous les deux et s’avancèrent sans bruit. Gilean prit une longue inspiration, entrouvrit la porte et passa la tête dans l’entrebâillement. Brusquement il recula en bousculant Keren qui essayait de voir, et referma la porte aussi vite qu’il put.

- Qu’est-ce qui te prend ? grogna Keren. J’ai même pas pu voir moi !

- Là-dedans, commença Gilean, y’a une fille toute nue…

Son visage était devenu écarlate. Incapable d’expliquer exactement à son ami ce qu’il avait vu, il essaya de se faire comprendre par des gestes saccadés ; sans trop de succès.

- Je veux voir moi-aussi, insista Keren. Laisse-moi passer !

- Je sais pas si c’est bien… Bon, mais chut alors !

Keren tourna la poignée doucement, le cœur battant la chamade. Son regard se posa sur les pieds de la superbe fille couchée là. Il remonta petit à petit…

Un miaulement vint d’en bas.

Un bébé chat noir se trouvait là. Il regardait Keren de ses grands yeux verts et ronronnait. Keren releva doucement sa tête. Ouf ! elle dormait toujours. Rapide comme l’éclair, il attrapa le chaton et le balança au-dehors de la pièce.

Un sourire lubrique sur les lèvres, Keren et Gilean appréciaient la vue à sa juste valeur ; plus rien pour les déranger ! Le petit chat se faufila entre les jambes des deux garnements, et sans raison apparente se mit à miauler comme un dératé. Loreleï se réveilla aussitôt. Elle bondit hors de son lit et serra les poings. Le chaton avait arrêté son tintamarre et ronronnait. Les deux gosses, partagés entre la surprise, la crainte de représailles et la satisfaction, contemplaient Loreleï dans toute sa nudité.

- Ben alors ! Vous n’avez jamais vu de femme ou quoi ? ricana-t-elle. Profitez bien, vous en avez un magnifique spécimen devant les yeux.

Elle tourna quelques fois sur elle-même et finit malgré tout par se diriger vers sa combinaison.

- Bon ! Le spectacle est terminé ! Ouste !

Une chaussure s’écrasa à quelques centimètres de la tête de Gilean qui reprit ses esprits. Il valait mieux déguerpir, et plus vite que ça. Il attrapa Keren par le col et ferma la porte derrière eux.
par François Aubouy publié dans : Roman
Dimanche 20 mars 2005

III

 

 

A peine Loreleï et Blacky avaient-ils disparu que Narcam riva un regard perçant sur son ami.

- Qu’est-ce qui ne va pas ? murmura-t-il à Trevor.

- De quoi parles-tu ?

- Ce n’est pas dans tes habitudes de t’écrouler de la sorte.

- On ne peut décidément rien te cacher, siffla Trevor.

Il chercha ses mots un instant.

- J’ai reçu un choc violent en apposant les mains sur le premier gamin ; et un autre au contact du second. Le trouble a été si important que la moitié de mon énergie s’est déversée à l’extérieur du corps.

- Ca s’est vu, rit Eolh.

- C’est peut-être une conclusion hâtive, reprit Trevor, mais j’ai l’impression d’être lié à eux comme nous le sommes tous les trois.

- Nous sommes donc tous les trois liés à ces deux gosses, dit Narcam.

Une bourrasque violente appuya son ton glacial ; le lourd silence qui suivit fit office de réponse. Le rire cristallin d’Eolh résonna soudain dans tout le quartier.

- Tant qu’on en est aux suppositions, j’y vais de ma contribution ! dit-il les yeux plissés de satisfaction. Ca n’a peut-être aucun rapport, mais je n’ai pas réussi à être aussi violent que je l’aurais voulu tout à l’heure. Ils ont eu une sacrée frousse, mais bon… Quelque chose m’a empêché de les mettre KO.

Narcam se releva lentement. Il soupira de dépit.

- Puisqu’on n’a pas le choix, dit-il d’une voix qui en disait long.

- On n’aura pas trop de mal à les rattraper, analysa Trevor. On a assez perdu de temps comme ça ! Allons-y !

 

Eolh paraissait aux anges ; il donnait le rythme. Ils allaient si vite que les objets à terre s’envolaient sur leur passage. Le long manteau noir de Narcam claquait au vent. Sans effort, Trevor bondit sur un toit. Après quelques pas, une seconde impulsion beaucoup plus violente l’amena à une trentaine de mètres au-dessus des immeubles. Il repéra sans difficulté Loreleï et Black Cat qui venaient d’atteindre leur but. Il profita les yeux fermés de cette impression de légèreté et de liberté totale, le temps d’être rattrapé par l’attraction. L’atterrissage fut accompagné d’une magnifique roulade. Sans perte d’énergie il fut à nouveau sur ses jambes, et rattrapa ses compagnons en contrebas. Il passa en tête. Quelques virages plus tard ils y étaient.

- Voici le bâtiment, dit doucement Trevor. Nous ne ferons rien de plus ce soir. J’ai besoin de repos.

- Dormez au premier ! proposa Narcam. Je vais faire en sorte que vous passiez tous une nuit tranquille.

- Ne broie pas trop du noir, plaisanta son ami aux cheveux blonds.

 

Eolh et Trevor entrèrent dans l’immeuble. Narcam les entendit monter les marches à pas de velours ; puis plus rien. Seul à nouveau avec cette impression de vide, il balaya du regard les environs. Le quartier n’avait pas l’air bien dangereux. Il valait tout de même mieux s’en assurer. Cette lumière et ces éclats de voix au dernier étage pouvaient attirer toutes sortes de créatures. Narcam fit méthodiquement le tour du quartier ; pas le moindre chat. Au zénith, une étoile scintillait.

- Il va peut-être faire beau demain, dit-il pour lui-même.

Il prit tout son temps pour revenir. Ca oui ! du temps, il en avait. Narcam s’assit contre le mur et apprécia ce calme parfait. Ses yeux gris acier ne se fermèrent pas. Il retira son chapeau à bords larges, l’essuya consciencieusement, et le replaça sur sa tête. Emmitouflé dans son manteau noir, il ne bougea plus de la nuit, comme mort. Des ombres se tapirent et murmurèrent çà et là. De nombreuses fois elles portèrent des oeillades avides sur cette lumière, là-haut. Aucune d’entre elles n’osa s’avancer.

 

***

par François Aubouy publié dans : Roman
 

Texte libre

 

 

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