Chaîne qui relie les étoiles,
Flèche d'argent
Sous nos yeux perce la Terre !
Ils ne cessent de se chercher.
En vis à vis
Les opposés se tirent.
Je la vis s'approcher, le visage illuminé par un curieux sourire enfantin marqué d'une petite touche indéfinissablement perverse, signe qu'elle avait fait ou s'apprêtait à faire une bêtise et qu'elle en visualisait le film. Elle déposa un baiser humide sur ma joue et s'assit en face de moi avec un "bonjour Papa" clair et joyeux.
- Je t'ai commandé un café, commençai-je. Ca faisait longtemps que je ne t'avais pas vue si pimpante... que je ne t'avais pas vue tout court d'ailleurs... Tu ne peux pas savoir comme ça me fait plaisir.
- J'ai beaucoup de travail en ce moment, Papa. Mais je ne suis pas venue te parler de ça, ajouta-t-elle, les peaumettes légèrement rosées.
- Et bien, ne me fais pas attendre. Je t'écoute. Ca a l'air terriblement important.
- J'ai rencontré quelqu'un d'extraordinaire ; un homme extraordinaire. Ho, si tu l'avais vu, si tu avais pu parler avec lui, je suis certaine que tu serais d'accord avec moi.
- Comment est cet homme qui a fait chavirer le coeur de ma petite fille à un tel point ?
- La première chose que j'ai vu c'est cette prairie battue par le vent qu'il avait au fond de ses yeux. Un vent rugissant qui fait tourner la tête et peut emporter n'importe quoi. Son regard exprimait tout à la fois la plus infinie des douceurs et le plus acéré des aciers, une pointe de gris au milieu de ce vert si clair et si pur ! Je n'ai pu que baisser les yeux, je me suis sentie totalement vulnérable. Lorsque j'ai relevé la tête, j'ai vu à quel point il était grand et bien bâti. Il avait gardé les mains dans les poches de son pantalon beige. Je m'en souviens parce que j'étais trop intimidée pour oser croiser à nouveau ses yeux si merveilleux. Mon attention s'est ensuite d'elle-même tournée vers ses cheveux châtains avec lesquels le vent jouait, les faisant effleurer sa nuque et son cou par à-coups. Et j'ai vu son sourire. Il me souriait, avec une pointe d'amusement et avec quelque chose qui fit comme un coup de tonnerre dans ma poitrine.
Elle marqua une pause, et essuya ses yeux humides.
- Nous allons nous revoir demain. Il s'appelle Yann.
Il faisait toujours le fou, aimait faire des choses sans importance, passer du temps avec ses amis et boire un verre quand ça le chantait. Il détestait regarder vers l'avenir sinon pour s'imaginer un grand-père à la barbe fournie regardant ses petits enfants avec affection. Il pêchait par manque de motivation, et s'éparpillait par manque d'intérêt. Cet idiot ne faisait les choses qu'en partie, même celles qu'il entreprenait, et se lassait de tout à toute vitesse. Dans ses amours, la même incertitude : incapable de construire, jamais sûr de lui au point de se demander s'il avait jamais éprouvé un sentiment. Il ne voulait que le bien autour de lui, pourtant ça lui arrivait de blesser les gens. Il les attachait un peu malgré lui, et refusait peut-être d'assumer ces liens qu'il construisait sans le savoir, muet quand il s'agissait de confier ce qu'il ressentait.
Mais à côté de ça, il était bon vivant, riait chaudement et se délectait de blagues à double sens. Son imagination était comme un monde qui l'accueillait à chaque halte et dont il faisait profiter autrui. Il avait l'esprit ouvert et curieux sur tout ce qu'il ne connaissait pas ; et têtu, ça oui ! Il essayait de ne faire qu'un avec son environnement. Il était harmonie et sensibilité, lorsqu'il parvenait à relacher sa garde. Il possédait cette tendresse effacée, trop discrète et réservée, qui faisait vibrer, et cette dureté qu'il relachait parfois et emportait tout seulement lorsque rien n'allait plus. Un être étrange et complexe, un peu perdu au milieu d'un monde pas vraiment fait pour lui. Un être rêveur, timide ou excentrique suivant les moments, confiné dans son corps aux cheveux roux. Ca lui arrivait de manger comme quatre, devant les yeux ébahis ou horrifiés. Il essayait aussi d'écrire et avait même fait quelques progrès. Il danse encore parmi nous, chante ces mélodies paillardes ou mélancoliques. Il aurait voulu que plus de personnes forcent la porte de son petit univers pour y faire entrer le soleil, pour réchauffer ses mains toujours froides et son coeur solitaire.
Bienheureux celui qui rit sous l'astre solaire,
Sensation de chaleur rythme de toute vie,
Bien planté dans la terre, le visage découvert,
Il respire son amour et percute son cri.
Chasse les noires ténèbres pour ne pas étouffer
Car jamais ne céder aux orbites abîmes.
D'un sanglot de bonheur devant l'eau absorbée,
Il arpente sans fin et franchit toute cîme.
Le voile s'est retiré sur une lune argent,
Un silence infini coule le long du dos,
Allongé dans les bois, les yeux étincelants,
Il accepte son sort et rejoint son radeau.
Comme vous avez pu le remarquer, ces derniers jours sont productifs (mais est-ce aussi de qualité... ?).
Je dois cela à un livre extraordinaire que j'ai découvert pas hasard, errant à la recherche de quelque chose qui me redonnerait l'envie d'écrire régulièrement. Le résultat est positif à 100%.
Ce livre - que j'ai lu entièrement avant de me lancer - est "Ecrire, un plaisir à la portée de tous", de Faly Stachak, spécialisée en évènementiel et en création de récit collectif. Elle présente dans son ouvrage 350 idées d'écriture (ré)créative, allant de la simple liste, en passant par le puit des souvenirs et le récit de fiction, jusqu'au poème érotique. Tout cela accompagné de beaucoup d'humour et de légèreté, un peu de technique pour savoir de quoi on parle - anaphore nous voilà !! ^^ - et une flopée de textes inédits ou classiques, illustrant ces idées d'une littérature savoureuse.
Ainsi tous les soirs - lorsque c'est possible - je tire au sort la page du jour et choisis l'idée source, laissant après quoi mon inspiration faire le reste.
Je remercie sincèrement l'auteur pour cet élan nouveau qu'elle a su me donner, et j'espère non seulement que cela serve mon style et ma passion pour l'écriture, mais aussi que vous prendrez le plus grand plaisir à me lire.
