Texte sympa écrit pour Battle Arenas
Il suffisait de s’éloigner un peu, de passer deux portes vers le mur Ouest, pour parvenir aux quartiers d’Aeswen, celui qui se faisait appeler – et qui du coup était connu comme – le Lapinos.
Certains anciens le connaissaient et le respectaient, pour d’anciens faits d’armes, pour sa franchise et l’amitié qu’il donnait rarement, mais indéfectible malgré le temps passant. Certains jeunes par contre n’avaient jamais entendu parler de lui ou bien préféraient l’ignorer. Qu’importait !
Voilà bien longtemps qu’il logeait là dans les Arènes, plutôt discret malgré sa grande gueule. Il entraînait et chouchoutait ses gladiateurs depuis des années, les nourrissait avec la meilleure carotte qu’il soit, en fait celle qu’il faisait pousser sur les terres qu’on lui avait accordées, le Terrier du Lapinos. Un choix, une fatalité ? Peut-être fallait-il remonter un peu dans le temps pour comprendre…
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Autrefois vivait dans les Arènes le très renommé Rabbit Jacob, savant fou que les sages et superstitieux évitaient comme la peste. A juste titre, car boire les mixtures qu’il fabriquait dans son laboratoire secret apportait le plus souvent mort ou folie, et au mieux n’avait pas le moindre effet. Mais Rabbit Jacob avait travaillé toute sa vie sur cette ultime potion, celle par qui tous reconnaîtraient son incroyable talent. La vie du vieil homme touchait à sa fin lorsqu’il la termina enfin. Sans même attendre le moindre test, il en but une gorgée : il fallait absolument prouver son efficacité ! Il retrouverait sa jeunesse… Il en mourut dans la minute…
En ce temps, Aeswen laissait souvent traîner ses oreilles. Il avait entendu parler de l’invention du scientifique ; la création du combattant parfait, c’est ce que certains disaient. Prêt à tout, même à jouer le cobaye, il se rendit au laboratoire, mais personne ne fut là pour le recevoir. Poussé par la folie, il entra, trouva la potion, et s’enfuit avec.
Curieux, jeune et inconscient, si proche de découvrir la force qui sommeillait en lui, Aeswen n’hésita pas longtemps avant d’avaler quelques gouttes de la potion. Sa jeunesse et sa robustesse le sauvèrent d’une mort douloureuse, ou bien avait-il trouvé sans le savoir le dosage parfait ?
Les transformations furent lentes. Il vit son corps se déformer, de longues oreilles et longues dents pousser, et sa faim de carotte devint toujours plus grande. Le Lapinos était né, une race unique dans les Arènes…mais loin d’être le combattant ultime en fait. Aeswen trouva néanmoins des guerriers pour l’entourer. Des gladiateurs lui demandèrent d’encadrer leur entraînement. Aeswen les persuada de le rejoindre dans l’adoration de la Grande Carotte, de s’enivrer de Bilba Carotta… Il leur fit boire aussi de la potion, et ils mutèrent à leur tour, oubliant leur identité passée. Une rage de combat, de vaincre, de fureur et de gloire, les prenait et les grisait. Une fière équipe… les Lapinos !
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Le temps passe, les lunes tombent et renaissent, les jours et les combats se succèdent, toujours plus durs. En ce jour les Lapinos étaient craints. Tant d’entraînements… mais au final, pour arriver à quoi ?
Aeswen s’était assis sur la pelouse de son terrier, face au soleil couchant, appréciant les subtils changements de luminosité. L’orange envahissait le ciel à présent, c’était toujours un moment magique. Une voix sonna dans sa tête, plusieurs fois… dix fois pour être exact. Il était temps, ce jour qu’il attendait depuis si longtemps. L’aboutissement. Il était prêt. Il se leva d’un bond et héla ses compagnons. Ils se réunirent, les onze derniers Lapinos ; ils avaient été plus nombreux à une époque…
Aeswen parla d’une voix claire tendit que les dernières lueurs du jour disparaissaient :
« Mes amis Lapinos ! L’attente est terminée, la Grande Carotte m’a parlé. »
L’incompréhension se lisait sur les visages sales de sueur et de sang de ces fiers combattants. Avait-il encore abusé de la Bilba ?
« L’énergie que nous déployons au combat, la terreur sur les visages de nos victimes, les hourras et les rêves des spectateurs… Toutes ces joies, toutes ces souffrances… Nos prières à la Grande Carotte ont au fil du temps rassemblé, galvanisé, ces émotions, les ont faites prendre vie. Les Lapinos se sont battus pour l’identification de leur race unique, ont défendu leurs valeurs. Comme vous le savez tous, les Arènes Eternelles récompensent ses braves. Humains, Ratlings, Reptants, Elfes, Gobelins, Nains, Orcs, Minotaures, tous ont leurs champions, tous se battent pour la gloire. La nôtre arrive enfin ! Bientôt les Lapinos seront respectés au même titre que leurs confrères.
« Le temps de la réunion est arrivée. Nos entraînements interminables, nos milliers de morts et de résurrections, notre volonté de nous dépasser ; tout cela a porté ses fruits mes amis. Nous sommes prêts à devenir ce pourquoi nous étions destinés dès le commencement. Prenez mes mains ! La Grande Carotte a désormais une âme, âme que je vais recevoir et accepter. »
Les Lapinos comprirent la supercherie, mais trop tard. En cercle, éclairés par la seule lumière du soleil couchant, mais illuminés par l’entité que le rassemblement de leur conscience et de celles de tous leurs admirateurs – la Grande Carotte – ils n’eurent pas l’énergie suffisante pour se lâcher les mains et résister au rituel. Aeswen murmurait de sombres formules. D’abord ils sentirent quelque chose bouillir en eux. Le pouvoir de la potion avait attendu patiemment de trouver la force dont il avait besoin pour s’exprimer pleinement, et ce moment était arrivé. Dans un tremblement, les corps des onze Lapinos furent irrésistiblement attirés les uns vers les autres, au centre du cercle qu’ils avaient formé. Une colonne de lumière orange se dressa vers le ciel… onze étincelles rassemblées pour former une flamme unique. Alors que le soleil disparut derrière les murailles des Arènes, la colonne de lumière se réduisit jusqu’à devenir simple aura, vibrante. A l’intérieur, un Lapinos, grand et musclé, d’un blanc immaculé, le regard profond et les oreilles fièrement dressées… Aeswen avait bien changé. A ses pieds gisaient les corps inanimés de dix gladiateurs, autrefois des Lapinos eux aussi.
Aeswen laissa son regard se poser sur les choses qui l’entouraient. Il s’abaissa pour saisir l’une des armes qui se trouvaient à terre, et en serra fermement la poignée. Un rictus de satisfaction déforma son visage. L’instant d’après un frisson de plaisir parcourut son échine, tandis qu’il venait de ressentir l’énergie incroyable que dégageaient certains combattants. Cela provenait de partout. Comme il avait hâte de pouvoir les affronter !
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Lorsqu’Elis d’Aeron, Fendrill la Fée, Galtharak, Galthérion, Gortan, Guthruun, Lizardia, Melril Shamanka, Narcam Delanoë et Trevor Belmont se relevèrent, le premier sentiment qu’ils ressentirent fut un grand vide. Il leur manquait quelque chose, comme si on leur avait arraché une part de leur être… mais quoi ? Ils n’avaient pas oublié les combats, leur efficacité une arme à la main, les cris au cœur des Arènes. Mais pourtant, ce lieu dans lequel ils venaient de se réveiller ne leur rappelait rien. Une lueur d’inquiétude passa dans leur regard.
Narcam s’adressa à ses compagnons :
« Avons-nous été victimes d’une malédiction ? C’est comme si une partie de mes souvenirs m’avait été retirée, drainée… Je me sens vide. »
« Je ressens la même chose, ajouta Melril. Je n’aime pas ça du tout. »
« La seule chose qui compte pour moi, c’est la guerre ! gronda Guthruun. J’ai besoin d’un lieu pour m’entraîner et d’un maître d’arme. Je n’aime pas perdre mon temps.
« Un maître d’arme… n’en n’avions-nous pas déjà un ? dit Elis à voix basse, s’évertuant à rassembler ses esprits. »
« Faut croire que non ma belle ! piaffa Gortan. Ne restons pas là, il règne ici une atmosphère malsaine. »
« Un maître d’arme, c’est pas ça qui devrait être difficile à trouver dans les Arènes, rit Galthérion. Je suis prêt à parier qu’ils se battront pour nous avoir. »
Tous les dix sortirent du Terrier, et rejoignirent d’un pas sûr l’administration des Arènes.
Pendant ce temps
Alors que la nuit finissait de tomber, Aeswen alla boire une rasade de Bilba Carotta. Au contact du breuvage, la formidable énergie qui sommeillait en lui se réveilla brusquement, irradiant ses muscles, son cerveau, ses sens. Aeswen réalisa alors ce qu’était le Super Lapinos. Il comprit. Tout était-il écrit à l’avance ? Avait-il été le jouet du destin ? Il écarta ses derniers doutes, le regard dur. Il était le réceptacle de la Grande Carotte, et à présent serait acclamé comme un Dieu des Arènes Eternelles. Cependant il y avait un revers à la médaille : sans croyant un Dieu ne peut exister. Il allait devoir se battre encore et encore pour glaner l’énergie des spectateurs. Il allait devoir tuer sans relâche, sans le moindre remord, sans quoi son pouvoir s’étiolerait, et il dépérirait. Aeswen quitta le Terrier à grande allure. Il n’y avait pas de temps à perdre, déjà il sentait décroître en lui ses réserves. L’Oracle ! Lui saurait quoi faire ! Tuer, tuer, tuer, tuer… tuer… N’importe qui, n’importe où, n’importe comment… pour le prestige uniquement, sa vie en dépendait.
Il disparut dans la nuit.
Commentaires

je me suis égarée dans le coin, et j'ai bien fait car j'ai pu lire cet hommage aux lapins qu'on aime tant.
bisous!!!
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