L'Anneau
Petit carnet de voyage
 
 
 
 
 
 

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(Aucune des photos et aucun des dessins présents sur ce blog n'est de moi)

 
Jeudi 9 mars 2006

Métropolis résonnait des bruits habituels, mélange pas très subtil de vrombissements sourds et d’éclats plus stridents, le tout orchestré par un adepte un peu fou de cacophonie métallique et de choucroute garnie bien arrosée. C’était le centre et c’était samedi. Des haut-parleurs, par-dessus le brouhaha général, émettaient leurs jingles endiablés. Nul besoin de s’arrêter pour écouter, à force de matraquage tout le monde les connaissaient par cœur. En fait, absorbés par plus brillant et éclatant encore, les esprits s’étaient entièrement tournés vers les couleurs et les lumières papillonnantes, les guirlandes dorées et les vitrines enchantées. Finis les pastels, magie de Noël obligeait ! On ne savait plus trop pourquoi on faisait la fête, on buvait du champagne et on s’offrait des cadeaux, mais on profitait, et dans la bonne humeur. Une foule hétéroclite parcourait les rues depuis le début de l’après-midi, certains à la recherche d’une étincelle de génie ou d’une bonne surprise, d’autres profitant simplement de l’ambiance particulière qui régnait un peu partout. Des familles entières entraient et sortaient des magasins, formées de parents sur les nerfs mais néanmoins gais et d’enfants au paradis des jouets. Les populations à l’écart le reste du temps baignaient dans les mêmes euphories et supportaient les regards amusés des gens sans se formaliser. Géants et Nains, Mutants étranges, rappelaient la diversité du peuple terrien, et faisaient battre le cœur d’émotion. Par la Mana ! quel plaisir de marcher au milieu de toute cette joie. Il ne manquait qu’Elis dans sa main, à ses côtés, et tout aurait été parfait. Il l’imagina avec son tablier crème, en train de préparer le sanglier. Une bonne bouteille de vin rouge avait-elle dit. Pas vraiment différent, en tout cas d’apparence, mais certainement plus rare, Narcam était un Elfe, au visage impressionnant de beauté et de sagesse, au corps d’acier, dont les yeux gris-vert, rieurs en ce jour, perçaient tout. Ses oreilles, plus longues et foliacées, sa grande taille, sa majesté dérangeante, le démarquaient au premier regard d’un Humain type. Habillé léger et simple, il marchait d’un pas ample presque surnaturel entre les passants qu’il se contentait de frôler. L’enseigne « Chez Jonas » existait toujours ; comme la nuit tombait, il entra. 

Une légère odeur de bois et de raisin fermenté planait dans la cave et saisit Narcam à peine eut-il ouvert la porte. Bien sûr c’était bondé et ça piaillait chaudement, d’une note caractéristique au délicat charme du lieu. Le magasin regorgeait d’étagères, sans réelle organisation, formant un labyrinthe de bouteilles multicolores. Mais le spécialiste ne s’attardait pas dans cette zone avant tout marchande, il descendait au sous-sol pour flâner entre les grands tonneaux ou déguster un bon verre de vin. Plus sombre et silencieuse, la cave proprement dite offrait une tranquillité appréciable. Quelques personnes discutaient à voix basse autour d’une bouteille, dispersées sur quatre banquettes circulaires. Narcam souffla doucement, peut-être soulagé de se retrouver un temps débarrassé de la foule. Il laissa un vendeur venir à sa rencontre, un jeune homme aux joues rebondies et semblait-il bon-vivant. 

« Comment puis-je aider monsieur ? »

Son ton chaleureux et ses yeux pétillants mettaient tout de suite en confiance. Il posa amicalement sa main sur l’épaule de l’Elfe et l’invita à se diriger vers le cœur de la pièce.

« Je cherche un excellent rouge pour accompagner du gibier, un sanglier cuit sur la broche pour être précis. »  

Le front exagérément froncé, le jeune homme réfléchit un instant, son regard suivant le cours de ses pensées jusqu’à s’arrêter sur une étagère précise.
 
« J’ai ce qu’il vous faut : Palionar Goéland, 2346. Servez-le à la température de la pièce. Pour un résultat garanti, je vous conseille d’accompagner votre sanglier de quelques légumes doux. »
 
Une bouteille toute simple abritait le liquide vermillon, très fruité à n’en pas douter. Narcam dût se forcer pour détacher son attention de ce choix parfait.
 
« Monsieur veut-il le goûter ? »
« Inutile. Avec ce vin, notre repas de ce soir sera divin. Je vous remercie. »
Le vendeur vit ses pommettes s’empourprer un peu plus encore, et souhaita un joyeux Noël à l’Elfe qui remonta payer son acquisition. 
 
La simplicité désarmante de Narcam tranchait – jurait presque – avec son essence elfique. La prétention n’avait pas dévoré ce visage qui ne subissait pas les marques du temps. Une paix toute naturelle s’en dégageait et personne n’aurait envisagé la briser. Chacun de ses gestes et mouvements troublait par sa légèreté et sa spontanéité. Ses doigts jouaient mécaniquement avec les infimes variations de l’air déplacé par le flot des passants, mêlant son propre thème à la mélodie. Ce sourire de bien-être ne le quittait pas. Une chevelure marine de jeune homme d’affaire au sortir de la douche, perchée à deux bons mètres du sol, finissait de rendre le tableau charmant.
Voir un individu s’envoler ou disparaître sous ses yeux aurait sûrement amusé la galerie, mais Narcam avait passé l’âge pour ce petit jeu. La douce lumière de la ferme où l’attendait Elis se trouvait à plusieurs centaines de kilomètres de la capitale. L’art de la magie rendait de précieux services il fallait l’avouer, cependant trouver un endroit calme dans toute cette agitation n’allait pas être évident ; avec un peu de chance tout au bout de la grande avenue… D’innombrables véhicules sur répulseurs, leurs phares perdus dans de grandes volutes de fumée, décollaient et gagnaient les voies de circulation. Bien plus haut le soleil couchant se reflétait encore sur un tunnel à poussée continue. L’angle d’un immeuble à la cime couverte de nuages servit de support au regard de l’Elfe pour redescendre jusqu’au-dessus des arbres, où, sous une grande arche éclairée d’un pâle rose, une immense télévision murale diffusait par intermittence actualités, publicités visuelles, et une vue panoramique du quartier, fourmilière d’illuminations. Concentré sur l’écran géant, il mit plusieurs minutes pour parvenir à se localiser parmi la multitude.

Un éclair de lumière sortit Narcam de sa distraction, intense au point de l’obliger à se protéger les yeux de son avant-bas, et suivi dans l’instant d’un coup de tonnerre étrangement lointain et d’un courant d’air chaud. Un agréable frisson le parcourut de bas en haut, mais le sourire qui germait sur son visage se transforma en surprise totale. Son aura n’avait pas attendu d’ordre pour se dresser. L’Energie s’écoulait librement en lui comme du café brûlant, source d’un vertige exaltant, clef d’un pouvoir démesuré. Une odeur atténuée de chairs brûlées lui fit rouvrir les yeux. Des corps petits et grands gisaient par centaines, les uns sur les autres, balayés par une terrible explosion qui avait emporté toute la rue. Un arbre flambait, à moitié englouti dans le sol au revêtement écartelé sur des fissures béantes. L’effondrement sourd d’un pan de mur fut décomposé par le clignotement erratique d’un lampadaire. En plein concert de cris et de gémissements, les survivants terrorisés dévisageaient l’Elfe enveloppé d’un halo bleu pur trop visible dans la nouvelle obscurité, seul au centre de ce carnage. Ses bras en tombèrent d’émotion, son aura mourut, et ses questions ne trouvèrent pas de réponses. Soudain pris d’un sérieux froid et mesuré, Narcam s’assit en tailleur et ferma les yeux. Les Paladins seraient bientôt là et l’enquête le dénoncerait comme coupable : il était à l’origine de la déflagration, c’est ce qui ressortirait de l’analyse toute simple des enregistrements vidéo. Il était incapable de prouver son innocence, il ne parvenait non plus à s’en convaincre.
 
« Elis mon amour, je crois que je ne vais pas rentrer tout de suite. »
 
Le silence avait arrêté le cours du temps sur cette scène absorbante et insatiable, pieuvre qui ne laisserait jamais s’échapper ses proies et en dévorerait certaines jusqu’à la substance même. Un bruissement brisa cette quiétude malsaine et s’amplifia, celui du vent dans les branches automnales, celui d’un mage qui atterrit en douceur. Plusieurs paires de talons claquèrent ensemble ; au loin les sirènes des secours accouraient. Les six membres de la Police Magique exhibaient une confiance solide et resserraient pas à pas le cercle autour de Narcam, toujours assis. Leur boulot d’experts consistait à appréhender tout utilisateur de Mana dangereux, les blessés n’étaient pas leur affaire. Trouver le responsable sur les lieux de son méfait ne se présentait pas souvent, leurs énergies tremblaient, déjà affectées par la tension de l’atmosphère environnante et prêtes à éclater au moindre mouvement suspect. Narcam aurait pu d’un seul geste, peut-être même d’une simple pensée, les dominer tous, mais cette idée ne lui vint pas. Il rouvrit les yeux et sourit tristement. En avance d’une enjambée sur ses hommes, le leader de la troupe – un Elfe fier à la chevelure dorée – entra ses doigts dans l’épaule de sa proie et l’écrasa du regard. Narcam se redressa tandis qu’on l’obligeait à se remettre sur pieds, dans une harmonie telle que la Paladin éprouva l’impression de soulever une masse aussi légère et inconsistante que l’air, et le lâcha de stupéfaction. Il se reprit aussitôt, lui saisit les deux poignets et les rapprocha sèchement l’un de l’autre.
 
« Fox, les entraves ! »
Mercredi 15 décembre 2004

 

M - Episode 1

 

« Curieuse sensation que d’avoir le monde à ses pieds. » Un léger rictus amusé déforma son beau et jeune visage. En vagues dorées sa chevelure ondulait, mue par la légère caresse d’une brise d’automne. De la musique plein la tête, langoureuse pavane pour une oreille extérieure, Mickaël sentit les nuages s’écarter. Il frissonna. Métropolis était sombre et froide. Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule ; les responsables devaient s’inquiéter pour lui à présent. Un pas de trop, et la falaise l’engloutirait. C’était exaltant. Il s’assit en tailleur, puis préféra s’étendre sur l’herbe. Dans la paume, un fin miroir de poche renvoya son regard clair. Il ferma les yeux et soupira. Rien de tout cela n’était amusant. La mort dans l’âme, Mickaël se redressa. Il essuya méthodiquement son pantalon de toile et fit disparaître les faux-plis de sa chemise. Il admira encore une fois le paysage et tourna les talons. L’adolescent effleura délicatement un tronc centenaire de la main. Il disparut dans le bois.

 

« Fermer les yeux pour refuser la douleur. » Le cri d’étonnement de sa mère le sortit de sa torpeur. Le magnifique vase s’était échappé de ses mains. Bête réflexe, le fracas déchirant l’avait amené à fermer les yeux. Trop tard pour faire marche arrière. Maintenant la lumière lui imposerait ce spectacle, et il hanterait ses nuits jusqu’à la fin de ses jours. Il entendait le sol aspirer doucement l’eau ; bientôt tout serait sec. Sa mère, furieuse, se contentait de ramasser les morceaux silencieusement. Mickaël secoua la tête pour refuser ces sensations ; sans succès. Il courut jusqu’à sa chambre les bras en avant, et s’effondra en pleurs, la tête sous l’oreiller. Douce obscurité. Dans le salon, ses parents discutaient à voix haute. Il aurait pu mettre les mains sur ses oreilles, des sons seraient encore parvenus jusqu’à lui. Chaude obscurité. Des bras bienveillants le délivrèrent ; une porte vers ailleurs. Il put regarder le soleil en face.

 

« La force de l’esprit. » Il suivit des yeux le ballon, avec dédain. Encore une demi-heure et ce serait terminé. Le jeune homme tourna la tête. Pourquoi Laura le foudroyait-elle ? Il haussa les épaules. Mickaël estima qu’il avait fait assez d’efforts pour la journée. Il s’assit au bord du terrain. Le soleil tapait fort sur sa peau blanche. Le banc, là-bas, était à l’ombre… Enfiler un pull était plus simple et moins fatigant. Chose faite, il remit ses lunettes noires sur le nez. Debout devant lui, un garçon de la classe avait planté son regard dans le sien. Mickaël le fixa sans effort, lui traversant l’âme au passage. L’autre déglutit péniblement et réprima ses pulsions dominatrices - le professeur siffla le début d’une nouvelle partie, excuse valable pour rejoindre le groupe. Seul sur son banc, Mickaël entreprit d’examiner sa fine main, presque translucide au soleil. Etait-ce la main d’un artiste ou d’un écrivain ? Non, assis dans le bus en fin d’après-midi, il réalisa que c’était la main d’un voyageur. Ou il le désira…

 

 

M - Episode 2

 

L’adolescent retroussa ses manches et s’humecta légèrement les lèvres. Il prit une bonne demi-douzaine de fois sa respiration, pour se donner du courage, et se cambra en un râle désespéré.

-   Pourquoi diable est-ce aussi lourd ? marmonna-t-il.

Porteur de colis pour un artisan, voilà tout ce qu’il avait trouvé ! Ses parents furent les premiers étonnés : « tu vas travailler ? » Hochement de tête.

Son patron, vieillard aux doigts de fée, ne pouvait même pas se payer un robot. Derrière le chariot à roulettes, véritable cymbale ambulante, Mickaël cavalait dans les rues sans se soucier des obstacles. Il rapportait leurs chaussures aux clients, curieux spécimens sûrement sentimentaux.

 

La première paye tomba enfin. Il avait déjà tout organisé. L’hiver était arrivé assez vite. Les cours ne l’intéressaient pas plus que d’habitude, il en profitait donc pour rêvasser et faire des listes de matériels : sac à dos, gourde, vêtements chauds… surtout ne rien oublier.

 

« Installez-vous rapidement, nous allons décoller ! » Grommellement. A cinq heures du matin, on n’apprécie pas d’être secoué. Mickaël cligna des yeux et refoula l’image tentatrice de son lit.. Un peu d’adrénaline aurait fait son affaire. Il s’accouda sur le rebord de la fenêtre.

La route défilait, mais pas le soleil levant. La lumière matinale, véhiculant des couleurs chaudes, ne l’éblouissait pas outrageusement. Il ferma à-demi les yeux, et sourit de contentement.

 

La fraîcheur de la montagne les accueillit à bras ouverts. La pluie tomba en début de soirée. Le confort du chalet et sa nourriture satisfirent le groupe. Mickaël, calé dans un coin sombre de la salle de fête, observait les couples danser ; tout le monde semblait beaucoup s’amuser. Une jeune fille, 18 ans environ, avait plus particulièrement attiré son attention. Elle était fine et arborait de longs cheveux châtains. L’avait-elle vu ? Rien de moins sûr. Elle lui avait paru seule, ce matin. Son sourire, son petit nez retroussé, un air intelligent et égaré ; tout cela l’avait captivé. Maintenant, un homme qui aurait pu être son père lui tenait la jambe. Mickaël n’avait jamais été timide. Il se leva. L’inviter à danser, lui proposer d’échanger quelques mots sur la terrasse, lui préparer un cocktail de sa spécialité ? La première priorité consistait à éliminer l’obstacle.

 

Une bougie éclairait la chambre. De sombres traces vacillantes, sans forme véritable, s’étendaient sur le parquet et les murs. « Comment ai-je pu ne pas m’en rendre compte ? » La tête sur les bras, le regard vide, Mickaël se lamentait. « Je n’ai même pas pu parler, j’ai dû être ridicule. »

 

L’adulte avait été surpris par mon regard de défi. Il s’était arrêté de parler, la fille avait cessé de rire.

-   Que se passe-t-il, Paul, demanda-t-elle ?

-   Un jeune homme. Il semble décidé à te parler. Il est plutôt mignon, 15 ans pas plus, les cheveux roux. Tu veux que je vous laisse tous les deux ?

-   Cela ne te dérange pas ? Nous nous reverrons tout à l’heure, tu n’as pas fini de me raconter ton voyage, n’oublie pas !

-   Ne t’inquiète pas ! Je vais rejoindre ma femme. Elle danse avec un inconnu, je ne peux pas laisser passer ça, rit-il.

 

Elle s’était retournée vers moi, souriante. Bouche-bée plusieurs secondes devant son magnifique visage, sa bonté, et ma bêtise, je n’eus d’autre solution que la fuite. 

par François Aubouy publié dans : Inachevés
Mercredi 15 décembre 2004

Le soleil se reflétait en mille feux scintillants dans les baies vitrées de la belle Métropolis. Parfaitement pur, le ciel ajoutait une touche de bleu, apaisante ; les gigantesques constructions se transformaient en fresques majestueuses.

Beaucoup plus bas, une agitation matinale, joyeuse, régnait dans les avenues. Les citadins profitaient des embouteillages pour parler de leur soirée, pour écouter de la musique.

 

Jackie Foster marchait à grands pas, un sourire béat aux lèvres. Il tournait la tête de droite à gauche, émerveillé par la civilisation, la sienne. Il remarqua une superbe voiture, peut-être pourrait-il se l’acheter, lorsqu’il aurait plus d’argent ? Son regard dériva vers une créature de rêve, si captivé qu’il percuta une masse deux fois plus imposante que lui.

- Jackie ! Comment vas-tu mon vieux ?

Le temps de réajuster ses lunettes, il reconnut son ancien camarade.

- Bob ! héla-t-il, se jetant dans les immenses bras.

Ils résumèrent leur vie, les bons moments, en quelques minutes comme il est d’usage dans ces occasions. Le devoir les appelait tous deux ; une chaude poignée de main pour un adieu.

Bob voyait les choses comme un Géant ; voir le haut de la tête des gens, ce n’est pas comme les regarder dans les yeux. Il était devenu coiffeur. Celui-ci avait une moumoute, celui-là utilisait un peigne, celui-ci mettait du gel. Un mutant tigre au pelage vert attira son attention. Bob était un peu timide et l’individu semblait être un voyou. Il prit son courage à deux mains.

- Bonjour ! Excusez-moi de vous déranger !

L’autre sembla chercher un instant l’origine de la voix, et leva les yeux.

- Salut mon pote ! Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?

- Vous allez peut-être me trouver étrange, mais je suis coiffeur. Puis-je connaître la personne qui vous a fait cette couleur, je n’en ai jamais entendu parler ?

- Personne ! Je me suis débrouillée toute seule, parce que j’avais pas de succès avec les mecs. Aller ciao, j’suis à la bourre !

Pour bien se faire remarquer, un jeune devait marcher en balançant les épaules, en hochant la tête. La jeune fille sortit de son sac à dos un Player et mit un morceau acoustique ravageur à fond. Elle défiait tous les gens qui la fixaient un peu trop ; ils n’insistaient pas. Son regard tomba sur une étrange forme emmitouflée dans un grand manteau vert sale. La mutante fut intriguée par cette créature, et ne put s’empêcher de la suivre des yeux.

“On ne voit rien de la tête, comment ce gars-là fait pour voir ? pensa-t-elle”.

Alors qu’ils se croisaient, elle souleva le tissu ; c’était un défi à sa hauteur. Elle recula d’un bond. Au milieu d’un visage parfait, deux yeux fous la toisaient. La mutante, paralysée de terreur, sentit un danger immense. Elle s’enfuit.

L’Elfe resta planté au milieu du trottoir plusieurs minutes, totalement immobile. Il leva les yeux au ciel, plus sombre que les immeubles, d’où dégringolait une pluie de cendres. Une lumière uniforme, rougeâtre, éclairait la ville ; les gens produisant des ombres exagérées. Il abaissa le regard sur un bonhomme grassouillet, un vrai démon. Une tache noire auréolée de nombreux appendices remplaçait le cœur et le crâne du passant et semblait battre, vivante, en un bruit infernal. Il tourna la tête d’un mouvement rapide vers une femme avec une poussette. Le bébé n’avait rien mais la mère présentait les mêmes symptômes effrayants. Il s’emballa la tête et reprit sa marche.

 

Quartier général des Paladins, groupuscule d’Elfes spécialistes dans l’étude des phénomènes paranormaux dans le cadre judiciaire. Victor of Eastern, assis confortablement devant son bureau, avait convié les principaux membres de l’organisation.

- Le gouvernement vient de nous mettre sur les bras un sujet très intéressant. Le dossier est déjà très complet. Je vous présente Gwynion.

Il sortit un énorme feuillet d’un tiroir et le posa lourdement sur la table.

- Nous ne savons rien de ses origines, peut-être un ancien Elfe ? Il s’est présenté de lui-même dans un hôpital psychiatrique, il y a 5 ans. Ici commence le dossier. Gwynion passe un an devant un miroir. “Je ne reconnais plus rien” sont les seuls mots intelligibles qu’il ait prononcé... incompréhension générale ; on ne le garde pas...

par François Aubouy publié dans : Inachevés
 

Texte libre

 

 

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