L'Anneau
Petit carnet de voyage
 
 
 
 
 
 

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(Aucune des photos et aucun des dessins présents sur ce blog n'est de moi)

 
Mardi 5 avril 2005

Taufang lissait sa barbe d’une main distraite, seul soutien dans sa réflexion. Les bourdonnements avaient laissé place à un faible souffle qui ne demandait qu’à s’éteindre. Etait-ce signe de fausse route ou de réussite ?

Le toit de brume interdisait toute observation du lac et de ses environs. Seule certitude, la salle était ici plus spacieuse qu’au niveau des évacuations.

- Croisons les doigts pour que le rivage se poursuive régulièrement, dit le vieil homme.

- Et pour que l’objet de notre quête se trouve sur la terre ferme, ajouta Trevor. Je n’ai aucune envie de retourner dans cette eau marécageuse.

- Et pour que nous ressortions un jour vivants et en un seul morceau de cet endroit, dit Eolh sans pour autant quitter sa bonne humeur habituelle.

En file indienne sur un chemin inégal, la compagnie se lança dans le tour du lac. Et ce fut l’affaire d’une petite heure de retrouver leur point de départ, pas plus avancés pour autant. Tous se tournèrent vers Taufang, bien obligé alors d’annoncer la disparition des sensations qui les avaient menés jusque-là ; l’ambiance en prit un coup supplémentaire.

- Attendez, attendez ! s’écria Loreleï qui détestait de plus en plus ce lieu. Vous voulez dire qu’on n’est pas descendus au bon endroit ? Il y a quelques heures vous étiez pourtant certain d’entendre un appel sous la ville. Et nous y sommes, non ?

Gilean et Keren n’exhibaient plus une confiance inébranlable. A la place, leur imagination laissait entendre toute une liste de fins tragiques. Les paroles de Loreleï les auraient rapidement conduits à la panique sans la voix de Taufang ; quelque chose au fond de lui-même l’avait rassuré.

- Ne sentez-vous rien ? Ce qui nous manque n’est-il pas tout près ? Fermez les yeux, respirez profondément, et vous en serez aussi convaincus.

Un calme parfait leur suffit à rejoindre leur guide dans son point de vue. Le groupe n’aspirait qu’à compléter cette pièce manquante, si proche.

Ils entreprirent de faire un second tour du lac. Un pan de mur ordinaire attira leur sensibilité aux aguets après une petite minute de marche. Sans briser le silence général Keren découvrit son arme, et frappa une unique fois. Une grande salle dallée dévoila une chaude obscurité poignante. Ils pénétrèrent cette antre, guidés par leur instinct, sans même penser à éclairer leur progression du projecteur. Un doux ronronnement provint du fond de la pièce, vide au premier abord. A leur approche apparut un étrange nid garni de huit gros œufs. Le ronronnement provenait de l’intérieur de ces coquilles ; elles paraissaient renfermer chacune une intense flamme d’une couleur différente. Cette vie qui ne demandait qu’à sortir recevait enfin le signal tant attendu. Les œufs se craquelèrent doucement, ouverts de l’intérieur par des petites griffes résolues. Alignés, les huit compagnons virent huit dragonnets se jeter dans leurs bras.

par François Aubouy publié dans : Roman
Jeudi 31 mars 2005

Assis dans le noir les uns à côté des autres sur des cailloux inconfortables, quatre hommes nus discutaient.

- Comment vont-ils descendre ? Je n’aurais jamais dû leur laisser la torche, murmura Trevor pour lui-même.

- Dans l’eau le générateur aurait fait de jolis éclairs multicolores, dit Eolh.

- Vous croyez qu’ils vont nous rejoindre ? s’interrogea Narcam. Des fois je me demande si je ne suis pas un peu trop impulsif. S’ils s’en vont, on est mal…

- Ne te plains pas ! dit Black Cat. Au moins vos affaires sont là-derrière. Les miennes se trouvent à trois cents mètres d’altitude.

- Bah, on trouvera bien quelque chose à te mettre sur le dos, dit Eolh. Trevor a toujours une ou deux peaux de bête dans son sac.

- Ca faisait longtemps que je n’avais pas plongé d’aussi haut, dit Trevor.

- Je n’ai pas l’impression d’avoir eu trop le choix pour ma part, marmonna Blacky. C’est un miracle si je suis encore en un seul morceau.

- J’aime pas sauter seul, dit Narcam sans plus d’explication. 

Il y eut une pause.

- Tiens ! C’est pas de la lumière là-haut ? fit remarquer Trevor.

- Elle descend tout doucement…

La brume diffusait la lumière dans toutes les directions à la fois ; difficile de déterminer précisément sa position. Il fallut attendre une bonne minute pour la voir émerger du brouillard. Eolh se leva et hurla à pleins poumons.

- Ohé ! Nous sommes là ! Ohé !

Le rayon lumineux se braqua sur eux. Les quatre hommes protégèrent leur yeux, éblouis. Qui était-ce et comment faisait-il pour flotter ainsi ? Ca se rapprocha petit à petit, jusqu’à devenir visible. C’était tout un équipage qui arrivait. Loreleï et Taufang serraient de toutes leurs forces le court manche de cet immense et étrange parapluie. Accroché comme un koala, Keren se trouvait dans le dos du vieil homme ; Gilean dans celui de la jeune femme.

- Ne mets pas ta main là, sale garnement ! cria Loreleï. Encore une fois et c’est l’éjection.

Gilean gloussa.

- C’est moi qui ai le générateur. Et puis le sol n’est plus trop loin maintenant.

- J’ai connu des moyens de transport plus confortable, dit Taufang.

- Vous n’allez pas vous y mettre vous aussi ! gronda Lore’.

Sur la berge, les plongeurs en avaient profité pour se rhabiller, à part Black Cat qui exhibait une nouvelle fois ses muscles et poils.

L’atterrissage se déroula sans encombre. La baguette magique reprit immédiatement sa forme d’origine. Loreleï la rangea dans sa ceinture, et décocha un tel regard que chacun garda ses questions pour une autre occasion.

- Ne me refaites plus jamais un coup pareil !

- Je pourrais avoir mes vêtements… s’il te plaît ? dit Black Cat, penaud.

Il s’attendait à recevoir des coups, Loreleï n’en fit rien. Elle avait eu très peur ; de grosses larmes coulaient sur ses belles joues rosées. Blacky la serra fort dans ses bras et lui chuchota des mots doux. Elle finit par reprendre le contrôle de ses émotions et reprit un peu de distance.
par François Aubouy publié dans : Roman
Mercredi 30 mars 2005

La troupe avançait en file indienne. La faible lumière ne leur suffisait pas à voir où ils posaient les mains. En tête, Keren et Gilean se relayaient la torche et le petit générateur qui devenait vite lourd. Le couloir descendait toujours régulièrement. Le murmure des tissus et le clapotis des doigts dans les flaques d’eau troublaient un silence pesant. Pas le moindre courant d’air qui rafraîchit et emporte les idées noires ; ça n’en finissait plus !

- Une question en passant, bougonna Loreleï. De quelle autonomie dispose ton générateur ?

- Il devrait pouvoir alimenter la torche pendant quarante-huit heures, la rassura Trevor.

- Ca fait peut-être déjà deux jours qu’on est là-dedans ! dit-elle, morose.

- Tout au plus deux heures, précisa Narcam.

- Merci de tant d’exactitude !

Un cri à l’avant les interrompit. C’était la voix de Gilean.

- Une sortie ! héla-t-il. Nous sommes arrivés au bout !

- Il fait chaud vous ne trouvez pas ? dit Taufang.

Le corridor débouchait nulle part. Ou plutôt il débouchait dans une immense grotte. Le plafond devait se trouver à une petite dizaine de mètres au-dessus de leur tête. En revanche, beaucoup plus bas, une épaisse brume dissimulait le sol. Trevor tourna avec minutie le potentiomètre du générateur jusqu’à éclairer les parois latérales. D’autres évacuations similaires débouchaient à intervalles réguliers. Cette grotte se trouvait sous la ville, en son centre.

- Je dirais qu’elle fait environ trois cents mètres de diamètre, jugea Loreleï.

- Il doit y avoir un lac tout au fond, dit Trevor.

- Petite question technique, murmura Keren. Comment descendre sans se tuer ?

- Comme ça !

Gilean fit mine de le pousser dans le vide. Le sang de son copain ne fit qu’un tour dans ses veines.

- Ca y est ! Je sais pourquoi vous vous entendez si bien, dit Loreleï. Vous avez le même sens de l’humour : débile !

- On pourrait balancer quelque chose de lourd pour vérifier la profondeur, proposa Taufang. J’aurais dû penser à prendre une corde.

- Et vous l’auriez accrochée où ? siffla Trevor, acerbe.

- Une corde de cinq cents mètres, pour être sûr…, dit Eolh sur le ton de la plaisanterie.

Chacun se tût, à sa propre réflexion. Le chaton s’était roulé en boule, en retrait, peut-être à la recherche de l’illumination. Keren vérifia qu’aucune prise n’avait été aménagée pour descendre. La réponse était non. Un soupir d’impatience s’échappa de Narcam.

- Vous me raconterez la fin de l’histoire, dit-il.

Il saisit le chaton dans ses bras, prit son élan et se lança dans l’obscurité béante. Un miaulement de désespoir résonna un long moment.

- Mais il est complètement fou, s’écria Loreleï. Blacky…

- Silence ! ordonnèrent en même temps Eolh et Trevor.

Un léger « plouf » remonta jusqu’à eux.

- Trois cent soixante mètres à vue de nez, annonça Eolh. Une sacrée belle chute ! A mon tour !

L’adolescent aux cheveux couleur blé se jeta, en plein fou-rire. Il exécuta quelques cabrioles avant de disparaître.

- On se retrouve en-bas ! dit Trevor. Ne faites pas de bêtise ! Et surtout attention de ne pas mouiller le générateur !

D’une impulsion sèche il sauta à son tour dans la fosse. Les yeux ouverts sur des ténèbres parfaites, Trevor écarta les bras et joua un court instant avec ces frottements qui bourdonnaient dans sa tête. Plus qu’une seconde et… Le choc fut terrible. Malgré une entrée dans l’eau irréprochable, la douleur assiégea la moindre parcelle de son être. Trevor souffla entre ses dents pour chasser ces sensations et remonta aussi vite que possible à la surface. Il n’avait jamais eu d’affinité particulière pour l’aquatique.

- On est là ! dit Eolh, pas très loin.

- Commencez à vous diriger vers le rivage, répondit Trevor. J’ai les membres encore engourdis.

- S’il y a un rivage, dit Narcam.

- Croise les doigts pour que ce soit le cas ! Dans le cas contraire, non seulement on va mourir noyés mais il sera impossible de faire sécher nos affaires.

- Et moi je ne me débarrasserai jamais de ce chat trempé qui s’agrippe nerveusement à mon chapeau, dit Narcam avec une pointe d’ironie.

Eolh éclata d’un rire clair.

- Ca alors ! L’eau gelée vous a rendu votre bonne humeur, dites-moi !

par François Aubouy publié dans : Roman
Lundi 28 mars 2005

Black Cat fit la moue. Sous forme animale il ne s’était pas aperçu que le couloir était si étroit et bas de plafond. En outre la grille rouillée paraissait encore solidement ancrée dans ses gonds.

- Il se poursuit en ligne droite à perte de vue, dit Trevor.

Le faisceau lumineux se noyait très vite dans les ténèbres. Entrer là-dedans c’était se jeter dans l’inconnu.

- Si pour une raison quelconque l’eau venait à monter dans les égouts, elle pourrait s’évacuer par là, dit Taufang

- Ca n’a pas été fait pour que des Humains y passent en tout cas, ajouta Loreleï.

- Je suis d’accord avec Taufang, dit Narcam. La structure et l’orientation de ce corridor en font une bouche d’évacuation convenable. Vous vouliez parvenir à un niveau inférieur, voilà une solution !

- Vous voulez vraiment entrer là-dedans… ? gémit Loreleï.

- J’en connais une qui risque de voir virer le vert de ses cheveux, rit Keren.

La jeune femme lui jeta un regard noir terrible. Elle croisa mentalement les doigts pour que la serrure tint le coup. 

- Puisque tout le monde paraît d’accord, il n’y a plus qu’à pulvériser cette grille, dit Keren.

Il déballa son énorme marteau, en tapota quelques fois la partie métallique, et exhiba son sourire préféré.

- Je vous demanderais juste un peu de place mesdames et messieurs. Vous risqueriez de prendre un regrettable mauvais coup.

Trevor haussa les épaules de dépit. S’ils devaient se faire remarquer par quelqu’un, c’était fait depuis longtemps. Il recula de deux pas. Le coup de Keren fut exécuté à la perfection. La grille vola sur plusieurs mètres dans le couloir ; un vacarme assourdissant.

- Vous m’excuserez ! dit Black Cat. Ce n’est pas que j’ai peur de me salir les genoux, mais…

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire ses vêtements s’effondrèrent sur eux-mêmes. Une petite tête de chat noir montra le bout de son nez sous l’amas de tissu. L’animal s’extirpa en entier et ronronna de plaisir.

- Un jour je vais abandonner tes affaires, grogna Loreleï dégoûtée. 

Blacky s’engouffra dans le passage, suivi des deux enfants qui n’avaient qu’à s’accroupir un peu pour avancer. A quatre pattes, les autres montrèrent moins d’enthousiasme à se lancer.

- C’est vraiment plus de mon âge tout ça ! soupira Taufang. Et ma belle robe…

- Je fermerai la marche, coupa Narcam. Allez ! C’est sombre et humide, sûrement plein de rats, mais c’est là que nous allons !

- Heureusement que tu es là pour nous encourager, dit Eolh le visage réjoui.

- Il sait trouver les mots justes, ajouta sombrement Loreleï.

- Je préfère la compagnie des rats à d’autres, dit Trevor. Ne perdons pas plus de temps !
par François Aubouy publié dans : Roman
Dimanche 27 mars 2005

Aux intersections, Taufang choisissait systématiquement le chemin qui descendait. Cette stratégie lui convint un temps. Il finit néanmoins par s’arrêter, perplexe, après plusieurs heures de marche.

- Si on continue comme ça, on va finir à la mer, dit-il pour lui-même.

- Vous pourriez peut-être partager avec nous vos impressions, maugréa Trevor. Qu’on serve à quelque chose !

- Ce que j’entends provient de beaucoup plus bas, dit Taufang. Ce n’est pas en suivant les canaux que nous le trouverons, je crains. Il doit y avoir un moyen de passer sous les égouts.

Loreleï rejoignit les deux hommes.

- La ville est immense. On pourrait chercher ce passage toute notre vie sans le trouver. Devant combien de portes fermées sommes-nous passés sans nous arrêter ? Il peut y avoir une échelle ou un escalier n’importe où !

- Nous n’allons pas jeter l’éponge après si peu de temps, sourit Taufang. Arrêtons-nous là pour manger un morceau. Si nous réfléchissons tous ensemble nous devrions résoudre ce problème.

L’idée de faire une pause ne dérangea personne. Bien entendu, le chat noir choisit de refaire apparition à ce moment-là. Il se jeta sur la nourriture que chacun lui proposait, puis s’effondra de fatigue entre les jambes de Loreleï, assise en tailleur.

- Errer dans ces égouts me déplaît au plus au point, finit par lancer Trevor. Quelque chose me dit qu’ils doivent regorger de créatures malfaisantes une fois la nuit tombée.

- Personne n’a d’explosif ? proposa Eolh naïvement. Si vous voulez descendre, ce peut être une solution.

Keren et Gilean pouffèrent de rire en imaginant la scène. Loreleï leva les yeux au ciel. Il n’y en avait pas un pour rattraper l’autre. Le chat bailla et s’éloigna légèrement. A quelques pas, il s’étira. Avec un long miaulement aigu, il se cambra autant qu’il put. Un craquement sinistre fit frémir tout le monde. Soudain le chat s’allongea, grossit, et perdit ses poils jusqu’à redevenir Black Cat ; stupéfaction sur tous les visages. Loreleï plongea la main dans son sac et jeta des vêtements noirs sur son ami.

- Habille-toi, sinon tu vas prendre froid.

Black Cat fit craquer plusieurs fois sa nuque. Il enfila rapidement sa tenue avec un grand sourire. Sans un mot il s’assit à côté de Lore’, comme si de rien n’était. Il attrapa un morceau de pain, planta ses dents dedans, et poussa un soupir de contentement.

- C’est une chose que ne connaîtront jamais les félins, dit-il. Les pauvres…

Gilean posa la question que tous avaient sur les lèvres.

- Comment tu fais pour te transformer ?

- J’en ai toujours été capable. Jamais eu besoin de me poser la question, dit Blacky en mâchouillant.

Ses yeux s’éclairèrent soudain, comme s’il avait eu une brillante idée.

- Ha, au fait… J’ai trouvé un passage qui pourrait bien vous intéresser. Je suis tombé dessus par hasard.

- Il ressemble à quoi ton passage ? demanda Trevor, sceptique.

Black Cat enfourna une nouvelle tranche de pain. Sa tête tourna soudain dans tous les sens. Il postillonna partout.

- Heulo ioupé ! dit-il la bouche pleine.

Silence ; personne n’avait compris. Loreleï expira un grand coup, désespérée. Elle tendit négligemment une gourde d’eau à son compagnon. Une gorgée plus tard, un grand « ha » satisfait résonnait dans le couloir.

- C’était quoi la question ? dit Black Cat.

- Trevor voulait savoir à quoi ressemblait le passage que tu avais vu, répéta Taufang avec calme.

- Une grille en fer forgé, fermée par une lourde serrure. Derrière, un couloir disparaît dans une obscurité que mes yeux de chat n’ont pas percée bien loin. Quelqu’un a-t-il pensé à prendre une lampe ?

- J’ai rechargé notre petit générateur dans l’immeuble cette nuit, dit Trevor. Nous n’aurons qu’à le relier à une torche.

- Vous êtes plein de ressources, complimenta Taufang.

- Le mieux est d’aller voir à quoi ressemble ce passage, dit Loreleï. Nous prendrons la décision de l’explorer ou pas.
par François Aubouy publié dans : Roman
 

Texte libre

 

 

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