Roman

Dimanche 13 mars 2005

I

 

 

La rue était sombre et silencieuse. Un homme âgé s’avançait, son katana dressé, prêt à en découdre avec n’importe quel danger. Une ombre discrète passa derrière lui. L’homme ne modifia en rien sa manière de progresser. Sur les toits, quelqu’un d’autre se déplaça ; un ninja n’aurait fait mieux. Au milieu de la chaussée, visible sous les réverbères, l’homme hurla à en faire trembler les murs.

« Montrez-vous ! Je ne vous crains pas ! Montrez-vous ! »

Il planta sa lame dans le bitume devant lui et attendit, les mains posées sur le pommeau. Les deux ombres avaient cessé tout mouvement et attendaient un signe. Sentir suffisait, elles sauraient quand passer à l’action.

Le sol se déforma lentement à quelques mètres de l’homme, et il en sortit trois créatures munies de tentacules. De la bave dégoulinait abondamment de ce qui pouvait être une bouche. Des borborygmes s’en échappaient et emplissaient l’atmosphère devenue totalement malsaine.

« Seulement trois ! Ce sera vite réglé ! »

L’homme se saisit de son arme et se jeta sans plus attendre sur ses adversaires. D’un geste sûr, il en décapita un. Les ombres tombèrent du ciel et éliminèrent les deux autres dans la fraction de seconde qui suivit.

« Sanders, montre-toi ou nous supprimons toutes tes sales bestioles ! »

Une explosion dispersa un pan de mur sur toute la largeur de la rue. Une main verdâtre et griffue surgie de je ne sais quel cauchemar fit son apparition. Elle paraissait avoir un mal fou à se déplacer, titubant à droite et à gauche.

« Vous ne m’aurez jamais ! »

A peine eut-elle terminé sa phrase qu’elle était traversée de toute part. Elle s’effondra à terre et la lumière revint quelques instants.

« Vraiment trop facile ce mode ultra-violence. On n’a plus rien à faire ici, on sort ! »

 

Jeune homme aux longs cheveux bleu-noir, Narcam enleva son casque virtuel. Ses deux amis firent de même à quelques mètres de lui. La salle d’arcade était plongée dans l’obscurité. Le petit générateur d’énergie rendit l’âme. L’un d’entre eux, celui qui paraissait le plus âgé, le rangea soigneusement dans son sac à dos. Son visage était traversé d’une vilaine balafre, un visage qui n’avait pas l’habitude de sourire. En revanche, le troisième gaillard, pas plus de dix-huit ans, respirait la joie. Il en avait largement pour deux.

- Trevor, on fait quoi maintenant ? questionna le blondinet. On va se vider quelques chopes ?

Trevor… Etait-ce son vrai nom ? Il respirait le calme. Des vêtements en cuir marron, des yeux bruns, des cheveux châtain foncé en bataille ; un véritable homme des bois. D’ailleurs, un bâton de marche était fixé entre son sac et son dos.

- On verra bien ce que le vent nous amène. Sortons déjà de ce bouiboui moisi ! On y va !

Sans attendre la moindre réponse, il s’élança d’un pas leste à l’extérieur. Eolh - le blondinet - se jeta derrière lui en courant. Une nuit froide, comme toutes les nuits, les accueillit. Le vent les gela sur place. Ils ne s’en soucièrent pas ; question d’habitude. Narcam, vêtu de son grand manteau en cuir noir fermait la marche à quelques encablures, un léger sourire narquois comme il en avait le secret sur le visage.

 

Un petit groupe de jeunes discutait devant un pub sans caractère, seule animation dans la sombre rue. Seize heures, ça ne voulait plus dire grand-chose. Trevor s’arrêta au milieu de la chaussée. Il leva les yeux au ciel et huma l’air. Que pouvait-il bien sentir ? Personne ne le savait, mais son instinct ne le trompait jamais.

- Il y a de l’activité au Marché. Il a dû se passer quelque chose d’anormal pour que ça remue comme ça. On va voir !

Il jeta un coup d’œil sévère à Eolh.

- Juste voir, j’espère que c’est bien clair.

- Bien clair, ne t’inquiète pas.

L’adolescent lui renvoya un immense sourire qui en aurait désarmé plus d’un. Trevor ne s’en inquiéta pas. Le trio partit d’une foulée légère et se noya dans l’obscurité.

 

***

Par François Aubouy
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Lundi 14 mars 2005

Des corps mis en charpie jonchaient la petite pièce. Au milieu, un gosse qui n’avait pas 15 ans se tenait droit, fier, un lourd marteau posé sur l’épaule. Ses vêtements, ses mains, son visage, étaient entièrement recouverts du sang de ses victimes. Il enjamba quelques cadavres, franchit la porte et attendit sagement dans le couloir. Quelques minutes plus tard, un autre jeune du même âge le rejoignit. Lui portait une énorme hache de bataille à double tranchant. Ils se sourirent le plus amicalement du monde.

- Je t’ai battu, 2 minutes 37 de mieux !

- J’ai préféré m’assurer qu’ils étaient tous bien morts.

- Vu l’état des miens, je pouvais me passer de vérification.

Ils éclatèrent de rire. Des bruits de pas les forcèrent à retrouver leur sérieux. Un vieil homme, des yeux d’un gris pâle et coiffé d’une gigantesque natte, s’avançait vers eux. Une pipe sculptée fléchait une bouche perdue entre une barbe et une moustache touffues. Les deux gamins inclinèrent légèrement la tête respectueusement. Le vieil homme tira sur sa pipe et s’exprima dans un nuage de fumée.

- Gilean, Keren, vous avez fait de sérieux progrès. Vous commencez même à vous amuser, c’est bon signe. Je doublerai le poids de vos armes, et le nombre d’automates pour le prochain test.

- Doubler ? s’écria l’enfant au marteau. Vous voulez qu’on se fatigue ou quoi ?

- Maître Taufang, vous ne voulez pas plutôt qu’on passe à l’exercice réel, contre de vrais adversaires ? ajouta l’enfant à la hache. On s’ennuie ces derniers temps. Y’a pas vraiment de tension…

Un poids terrible les écrasa soudain.

- Si vous ne voulez pas vous retrouver dans le même état que ces pauvres robots, je vous suggère de poursuivre encore un peu votre apprentissage de l’art du combat, dit l’homme d’une voix grave.

Gilean en laissa tomber son arme ; il avait rarement vu son maître aussi sérieux. Il détourna son regard vers la fenêtre. Il faisait déjà sombre dehors. Deux formes obscures les observaient, sur un toit. Il cligna des paupières ; plus rien ! Il devait avoir rêvé…

 

Après l’amusement vinrent les corvées. Il s’agissait avant toute chose de nettoyer le massacre dont ils étaient les auteurs. Ca aurait été plus rapide de tout repeindre en rouge. Il y avait du « sang » sur tous les murs et même au plafond ; de quoi causer un infarctus au plus coriace des commissaires de la criminelle. Le ménage terminé, ce fut l’heure des courses. Gilean et Keren, insouciants au possible, piles électriques à rendre fou, se jetèrent à toute allure à l’extérieur de la salle d’entraînement. Ils n’avaient pas pris la peine de changer leurs vêtements légers. Le froid, ils ne connaissaient pas. Le Marché ne se trouvait pas bien loin.

- Comme d’hab, le dernier arrivé s’occupe des courses et l’autre part boire un coup, lança Gilean

- Tu vas encore perdre ! Héhéhé !

- Cause toujours, je te rappelle qu’on est à égalité.

Les rues étaient désertes. Les deux jeunes ado en profitèrent pour faire du saut d’obstacle et se jouer de vilains tours. De loin, ils ressemblaient à deux chats jouant à se poursuivre. Gilean et Keren auraient pu être frères. Ils avaient tous deux des cheveux noirs comme le jais, légèrement frisés, qui leur arrivaient aux épaules. Leurs yeux étaient tels des abysses sans fond, profonds et sombres. Leur visage fin respirait la bonne humeur et l'audace.

 

Le Marché vivait nuit et jour, comme si toute la population de la ville se réunissait là pour discuter, troquer, s’affronter… Une chaleur particulière s’en dégageait, à la fois réconfortante et dérangeante. L’Homme trouvait là de quoi étancher sa soif de contacts. Cependant, ces rencontres n’étaient pas toujours de bonnes rencontres. Il était facile de se perdre. Le Marché s’étalait encore et encore. Certains y passaient leur vie. Malgré cela ils ne le connaissaient pas dans sa totalité.  

Les premières tentes apparurent à Gilean et Keren. Ils arrêtèrent leur course et soufflèrent un grand coup. Après un rapide coup d’œil entendu, ils reprirent leur marche. Les jeunes n’étaient pas monnaie courante dans la ville, encore moins dans le Marché. Un bonhomme les dévisagea et les suivit du regard aussi longtemps qu’il put. Il ne fut pas le seul. Malgré leur confiance en eux inébranlable, les deux gamins n’en menaient pas large. Pas question de se laisser écraser pour autant ! Ils n’hésitèrent pas à plonger leurs yeux, rebelles, dans ceux des individus un peu trop louches.

- Bien, comme convenu c’est toi qui t’occupes des courses, annonça Keren.

- Pas d’accord ! On est arrivés ensemble, répliqua Gilean.

- Tout dépend où tu prends la ligne d’arrivée. Sur le sprint final, je t’ai gratté.

- Je ne vois pas pourquoi ça aurait changé. Les deux poubelles forment la ligne d’arrivée.

- Elles changent tout le temps de place. Impossible de savoir !

- C’est toujours la même histoire. Et ton raisonnement ne tient pas debout.

- Et même si c’est les deux poubelles, je suis certain d’être passé en premier.

- Dans tes rêves ! Change tes yeux !

Ils restèrent à s’affronter du regard pendant une longue minute. Finalement, Gilean haussa les épaules.

- Chacun son tour. La dernière fois c’était moi, dit-il dans un soupir résigné.

- J’ai gagné !

Keren sauta de joie et disparut dans la seconde.

 

***

Par François Aubouy
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Mardi 15 mars 2005

Un homme fin courait et sautait de toit en toit comme s’il avait un dragon à ses trousses. Noir comme sa tenue moulante, le long bandeau attaché dans ses cheveux ondulait derrière lui. Son être entier paraissait léger, au point de se demander s’il pouvait voler. Pourtant, sur son beau visage se reflétait un étrange effroi. A une trentaine de mètres derrière lui bondissait une femme aux cheveux verts. Elle gagnait du terrain. Vêtue de couleurs vives, un peu de bleu par-ci, un peu de rouge par-là – comme un vitrail au soleil – la jeune femme au décolleté bien garni vociférait. Ses lacets étaient défaits, mais était-ce cela ? Elle brandissait un curieux petit bâton au-dessus de sa tête.

 

Lorsqu’elle fut à portée de voix, elle déchargea littéralement un torrent d’insultes bien senties.

- Arrête-toi tout de suite espèce de branquignol à tête de babouin. Gare à tes fesses, tu vas goûter à la colère divine. « Dévergondée ». J’t’en donnerai moi ! Ce sale type m’insulte au moindre petit bout de peau qui dépasse. Cette fois c’en est trop ! Non mais… « dévergondée », moi…

Elle saisit son bâton de ses deux mains, et hurla « MASSUE ». Ce n’était plus un bâtonnet mais une gigantesque massue transparente qu’elle s’apprêtait à écraser maintenant sur le pauvre homme en noir. Un hologramme ? Attendez de la recevoir sur la tête… D’un mouvement de tout le corps, de haut en bas, la drôle de femme balança une attaque magistrale. Au même instant, la victime de toute cette agressivité glissa malencontreusement sur une tuile mal fixée et s’étala de tout son long. Ventre à terre, sa course se poursuivit sur plusieurs mètres et son menton rencontra de trop nombreuses arrêtes de tuile.

Surpris par cet obstacle inattendu, la fille fit un saut majestueux par-dessus, flotta plusieurs secondes tel un oiseau, et s’écrasa sur une cheminée qui dépassait. La massue aussitôt reprit sa forme d’origine.

- Blacky, je te hais, parvint-elle à articuler.

L’homme en noir, indemne, s’approcha doucement – prudemment surtout – puis l’aida à se relever.

- Sans rancune Lore’ ? dit-il avec un grand sourire

- Sans rancune sale type !

 

Ils s’assirent et profitèrent de cette vue de dessus de la ville, si calme. En-bas régnait continuellement cette sorte de tension indescriptible. Ici, on ne risquait rien. Les maisons étaient inhabitées pour la plupart. Pas la moindre lumière ; tiens, si, là-bas il y en avait une. Les deux amis aux mœurs si particulières plissèrent les yeux.

- Lore’, tu vois quelque chose ?

- On dirait que ça castagne dur. Un gosse avec une hache est en train de massacrer des bonshommes suicidaires.

- Hein ? Tu t’es pas encore remis du coup de cheminée je crois.

- C’est terminé. Il a fait ça avec beaucoup de savoir faire. Il a l’air plutôt content de lui le p’tit gars. Il a repeint la pièce bien comme il faut.

- C’est joyeux tout ça !

- Il n’est pas seul, y’a un autre gosse du même âge… Et voilà un vieux qui se pointe maintenant.

- T’as vraiment une bonne vue, dit Black Cat dégoûté. Tant que t’y es, tu peux pas lire leur discussion sur leurs lèvres ? A moins que tu les entendes !

- Le gamin nous a vu ! s’écria Loreleï. On dégage !

D’un bond ils plongèrent dans le vide. Quelques étages plus bas, toujours entiers, ils reprirent leur course folle, côte à côte cette fois.

- J’ai repéré la maison, dit Loreleï. Tu me connais, curieuse comme je suis…

- Oui, oui, pas besoin d’en dire plus. J’ai compris. Mais avant, rhabille-toi !
Par François Aubouy
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Jeudi 17 mars 2005

II

 

 

Assis sur le comptoir, Keren sirotait une mauvaise bière locale. Le barman lui avait demandé plusieurs fois de descendre de là, mais rien à faire. Keren fixait depuis une dizaine de minutes un grand gaillard chauve qu’aucun homme sensé n’aurait voulu provoquer. Il arborait ce sourire qui avait le don d’insupporter. Mais contre toute attente, l’homme à l’aspect de brute se montrait extraordinairement patient. Autour d’eux, une faune disparate de tout âge et de tout horizon venait dépenser son argent en alcool et autre produit plus ou moins illicite.

Le combat mental intéressait pas mal de monde dans le bar. Des groupes de parieurs s’étaient formés et encourageaient à haute voix les duellistes, yeux dans les yeux. Un pauvre idiot se plaça entre les deux ; ça ne plut pas du tout aux spectateurs. Il finit par se prendre une bouteille mal placée. On l’évacua.

Keren avait complètement mis de côté son compagnon d’entraînement, son esprit tout entier tourné vers l’homme en face de lui. Il pouvait en oublier de manger, de boire, de dormir. La tension était devenue palpable. Bientôt il ne fut plus possible d’ignorer l’affrontement. Un silence cérémonieux s’installa dans ce lieu de dépravation, instant que choisit Gilean pour faire une entrée fracassante. La porte claqua sur sa course. Surpris par l’ambiance inhabituelle du bar, il s’arrêta. Mais la réalité s’imposa à nouveau à lui.

- On se tire ! hurla-t-il.

Dehors, un sifflement aigu s’intensifia. D’un réflexe général, tout le monde plongea à terre ; chanceux ou rapides furent ceux qui parvinrent à se faufiler sous une table. Une explosion terrible balaya la salle. Bouts de verre et échardes, sans parler de ce qui ne se pulvérisa pas, volèrent et rebondirent un peu partout.

 

La fumée se dissipa. Trois hommes habillés de cuir noir et équipés d’armes convaincantes passèrent de front le magnifique trou. Tous les clients gisaient à terre, inanimés. Certains se vidaient de leur sang ; d’autres avaient déjà passé l’arme à gauche. A l’extérieur, un attroupement s’était constitué et assistait à la scène ; personne n’était été assez fou pour intervenir. Les trois hommes prirent leur temps.

- Al, retrouve-moi ce garnement, dit l’un.

- Compris, Capitaine Herk !

Il fit le tour de pièce, retourna quelques corps, et finit par se figer comme devant un problème insoluble.

- Capitaine !

- Quoi encore ?

- Il s’est dédoublé…

- Qu’est-ce que tu racontes, imbécile !

Il rejoignit son subordonné, et fut forcé de reconnaître qu’il avait raison.

- Nous voilà avec un nouveau problème sur les bras, souffla-t-il de dépit. Déjà qu’il va falloir justifier tout ce massacre.

Al baissa la tête, penaud.

- Il allait s’enfuir… Mon doigt a glissé sur le bouton d’allumage… J’ai trébuché, murmura-t-il.

- T’as toujours une bonne excuse de toute manière ! Essaie au moins de retrouver les pommes qu’il a volées.

- Elles doivent être en compote…

Herk soupira longuement. Il sonna la retraite.

- On rentre à la caserne ! On a fait assez de bêtises pour ce soir.

- Compris Capitaine, répondirent les deux autres en cœur.

 

Soulagement général. Mais à peine la Brigade avait-elle quitté les lieux qu’une sirène prit le relais. Les Nettoyeurs venaient faire leur boulot. Un poids-lourd surgit en trombe et emporta plusieurs étalages sur son passage. Une dizaine de combinaisons intégrales blanches descendirent du véhicule, un lance-flamme en main. Il fallait incinérer au plus vite ces corps, pour le bien de tous.

- Reculez tous ! ordonna un des hommes. Nous allons les aligner ici. Vous connaissez le règlement. Alors faites place !

Deux d’entre eux s’occupaient de traîner les dépouilles à l’extérieur.

- Chef, certains sont encore en vie, dit l’un.

- Mets-les de côté ! Nous aviserons suivant leur état.

Sur une quarantaine de clients, seulement six respiraient encore. Gilean en faisait partie. Il remuait et baragouinait des mots incompréhensibles. La douleur et la détresse se lisaient sur son visage ensanglanté. Un léger ronflement signala l’allumage des lance-flammes.

Un couple entra dans le périmètre de sécurité à ce moment-là.

- Reculez tout de suite ! beugla un Nettoyeur.

- C’est nos enfants, implora la femme. Laissez-nous les voir une dernière fois, s’il vous plaît.

- Celui-ci n’est pas mort, madame. Avec un peu de chance il survivra à ses blessures. Quant à l’autre… Vous connaissez le règlement.

La femme s’approcha de Keren et se pencha. Elle pleurait à chaude larmes. L’homme prit Gilean dans ses bras et le serra contre lui. Il jeta négligemment un regard vers le ciel, impassible.

- Maintenant !

D’un bond il se retrouva sur les toits, et détala.

- Nom de…, jura le chef entre ses dents.

- La femme a disparu aussi ! dit un autre.
Par François Aubouy
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Vendredi 18 mars 2005

A l’abri dans les hauteurs, Loreleï et Black Cat déposèrent avec délicatesse les deux gamins au sol. La jeune femme posa la tête sur la poitrine de Keren.

- Celui-là n’est pas bien du tout. Son cœur bat à deux à l’heure. 

- L’autre est conscient. Par contre il n’a pas l’air de voir la vie en rose.

- Fais-lui boire une de tes potions !

- Mouais…

Blacky sortit une petite fiole de sa ceinture et fit avaler son contenu à Gilean. Il s’endormit aussitôt. 

- C’était ton idée de les récupérer. On fait quoi maintenant ? dit Loreleï.

- On devrait peut-être les ramener au vieux. J’suis pas médecin moi. 

Ils se remirent en route, plus doucement. Un escalier les fit rejoindre la terre ferme. A cette heure, personne ne pointait son nez dehors ; c’était toujours ça de gagné. 

- C’est qu’il est lourd ce garnement, ronchonna Black Cat. 

- On en a pour un bon quart d’heure, fais un effort pour une fois. 

- Tu sais bien que l’exercice physique, c’est pas… 

Un homme avec un grand chapeau et un manteau noir était assis contre un mur, devant eux à quelques mètres. Son visage était invisible. Quelque chose n’allait pas. Ils s’arrêtèrent à quelques mètres du problème. 

- Qui êtes-vous et que voulez-vous ? lança Loreleï. Nous n’avons rien, sinon ces deux enfants blessés. 

- Une p’tite pièce s’il vous plaît, dit l’homme d’une voix rocailleuse. 

- Où les emmenez-vous ? dit une voix. 

Loreleï et Black Cat se retournèrent aussi vite que possible. Depuis quand ces deux hommes étaient-ils derrière eux ? 

- Que voulez-vous ? hésita Lore’. Nous avons sauvé ces deux enfants de l’incinération. Enfin, celui-là en tout cas. Nous les ramenons à leur mentor ; un vieil homme. 

- Posez-les à terre ! ordonna le plus âgé de sa voix grave. 

- Ne me dites pas que vous cherchez le combat ! dit Black Cat. Si c’est le cas, attendez au moins… 

- Ne vous inquiétez pas ! Je vais les soigner. Posez-les à terre ! 

Loreleï balaya les environs du regard ; personne pour les aider en cas de pépin. Comment avoir confiance ? Cette fois la fuite ne paraissait pas une option valable. L’homme au manteau se désintéressait totalement de la situation, c’était d’autant plus troublant. Le soigneur approchait. 

La combativité du troisième type devint soudain écrasante. Lore’ fit un bond en arrière, stupéfaite. Son cœur battait à rompre.

Par François Aubouy
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